HISTOIRE DES JUIFS DU MAROC PAR SOLY ANIDJAR

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 UN CONTE POPULAIRE L’HISTOIRE DE RABBI ISAAC IBN KHAYAT

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Soly Anidjar
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MessageSujet: UN CONTE POPULAIRE L’HISTOIRE DE RABBI ISAAC IBN KHAYAT   Mer 17 Mar 2010 - 20:01

UN CONTE POPULAIRE L’HISTOIRE DE RABBI ISAAC IBN KHAYAT

DANS NOTRE BEAU ROYAUME DE MARRAKECH, À L’ÉPOQUE OÙ LE CALIFAT ALMOHADE BRILLAIT DE TOUS SES KFARS ET DE TOUS SES PALAIS DE STUC, VIVAIT SUR LES HAUTEURS DE LA VILLE UN PRINCE TOUT PUISSANT QUI VOULAIT OBLIGER TOUS SES SUJETS À EMBRASSER LA FOI DE L’ISLAM. LA BELLE COMMUNAUTÉ JUIVE DE MARRAKECH, PROSPÈRE ET INFLUENTE VIT DANS L’ANGOISSE D’UN DÉCRET DU PRINCE. HEUREUSEMENT, RABBI ISAAC IBN KHAYAT, HOMME PIEUX, CONNU POUR SES POÈMES, QU’IL CHANTE AVEC TANT D’AMOUR POUR SA COMMUNAUTÉ EN PRIÈRE, EST LÀ POUR NÉGOCIER AVEC LES AUTORITÉS ET RASSURER SES OUAILLES.

Mais voici qu’un jour, au début du mois d’Av, Rabbi Isaac ibn Khayat est mandé au palais ; l’ordre émane du vizir, conseiller du prince almohade qui y a apposé son sceau. Plein d’appréhension, notre rabbi monte à la forteresse à dos d’âne, précédé de l’envoyé du palais ; il a juste eu le temps de prévenir sa femme qu’il était appelé auprès du vizir, mais qu’il ne tarderait pas. Bien sûr il se doutait de la raison de cette convocation, et c’est justement ce qui le préoccupait.
En fait les Juifs du royaume de Marrakech étaient effectivement sous la protection du prince, mais le califat exigeait que les Juifs se comportent comme les autres autochtones.
C’est donc un rabbi songeur qui se présenta devant le chef de cet immense royaume aux portes du désert.
-Qu’as-tu homme vénérable, tu sembles bien triste ? Je t’ai fait venir parce que l’on m’a conté tes talents et je te demande de me chanter un de tes poèmes.
Surpris, Isaac ibn Khayat se sentit soulagé et chercha dans sa mémoire un court poème qu’il connaissait bien. Il se leva, prit sa respiration et doucement entama le premier vers ; La suite vint facilement. Le prince fortement impressionné remercia chaleureusement et invita notre homme à s’installer sur un de ces divans bas pour priser un peu de cet excellent tabac reçu fraîchement du Rif. Et le prince en vint alors au motif véritable de sa convocation.
- Vois-tu, savant Isaac ibn Khayat, Allah t’a donné un cadeau précieux avec ta voix et il n’est pas juste que tout le royaume n’en bénéficie pas.
Aussi, je souhaiterais que tu embrasses notre foi et que tu remplaces le muezzin en haut du minaret , car je suis certain qu’à l’écoute de cette voix exceptionnelle, les hommes ne pourront rester insensibles et seront plus fidèles aux préceptes de foi de Mahomet en venant à la prière cinq fois par jour. Isaac ibn Khayat eut un sursaut mais se contrôla. Au bout de longues minutes d’un silence pesant, ibn Khayat répondit : « Oh Prince de toutes les puissances, tu domines des espaces considérables et tes envoyés chevauchent loin dans le désert pour enseigner dans les kfars les paroles du prophète que tu leur commentes : Qu’as-tu besoin de ma voix pour les appeler à leur devoir ? Vois, je suis déjà vieux et mes jambes me portent difficilement ; je ne pourrais monter tant de marches tout en haut du minaret, tous les matins et tous les soirs. Je ne peux accepter ton offre qui m’honore ».
- Eh bien, ta communauté sera convoquée et décidera elle-même de ton sort ! C’est ou eux et toi ou toi seul qui deviendras mahométan de gré ou de force ! Pour l’instant retournes-t’en chez toi.
Le coeur lourd, Isaac ibn Khayat reprend le chemin de l’aller et arrive épuisé dans le mellah où les Juifs, vaquant à leurs occupations s’arrêtaient pour le saluer respectueusement. Comment accepter la condamnation de cette communauté !!!
Isaac ibn Khayat n’avait d’autre choix que de devenir musulman et son âme souffrait. Il écrivit alors un long poème pour traduire sa peine et se prépara à ce sacrifice. La veille de shabbat, il reçut la notification qu’il attendait. Sans rien ne dire à personne, pas même à sa femme, il fit savoir au prince qu’il monterait samedi soir en haut du minaret pour appeler les fidèles à la prière avant de se présenter au palais.
Inutile de décrire ce dernier shabbat passé avec les siens et sa communauté qui l’aimait beaucoup. Le moindre signe d’affection prenait une valeur inestimable dans le coeur de notre pieux rabbi. Mais voilà que l’heure du départ approchait et que l’effort devenait insurmontable. Des larmes coulaient le long de ses joues creuses et il embrassa plusieurs fois fidèles et enfants. Puis il s’arracha aux siens en prétextant une controverse difficile à soutenir au palais du calife.
Lentement Isaac ibn Khayat marche à travers la ville, entre au minaret et se fait ouvrir la porte. Chabbat est presque fini et la lune jette déjà une lueur blanche sur la ville. Le rabbi monte lentement, marche par marche jusqu’au balcon du minaret. Les amplificateurs de son ont été placés devant lui, il n’a plus qu’à répéter l’appel en y ajoutant une sourate du coran. Mais au lieu de cela, voilà que retentit dans toute la ville les paroles du poème composé pour la sortie du chabbat : « Amavdil ben Kodech, léhol…… ». Nous chantons toujours ce poème à la sortie de chabbat.
Inattentifs au début, tous les sujets du prince, Juifs ou non-Juifs s’arrêtent interdits,écoutent, et quand la voix s’éteint, ils voient médusés le corps de Isaac ibn Khayat voler dans les airs avant d’atterrir au pied du minaret.
Son âme, elle, était déjà au Gan Éden.



Frankline Ghidalia


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