HISTOIRE DES JUIFS DU MAROC PAR SOLY ANIDJAR

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 JE SUIS UN MARRANE (UN JUIF OUBLIE)

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je suis marrane



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MessageSujet: JE SUIS UN MARRANE (UN JUIF OUBLIE)   Lun 8 Sep 2008 - 6:43

Casa Sefarad propose un regard envers un groupe particulier de juifs dont l'histoire en Espagne et au Portugal est passé dans le silence et le mystère. Ils sont appelés les Bnei Anusim, ou ´hijos de los forzados´, ou les enfants des marranes, c'est-à-dire les descendants juifs de de ceux qu'il y a presque 500 ans ont été forcés à la conversion pour éviter l'expulsion. Dans un cycle composé de 4 conférences nous vous proposons l'analyse historique sur cette aventure surprenante avec le témoignage vif de personnes qui vivent en Bnei Anusim et qui ont dans les branches de leur généalogie l'âme vigoureuse de leur tradition.

La conversion ou l'exil, renoncer ou être partir? comment a vecu le juif forcé sa foi originale a travers les ages a travers 500 ans??
Qu'est-ce qu'ils ont reçu et cqu'ont-ils transmis à ses descendants ceux qui ont clandestinement soutenu la loi et les pratiques de la religion juive ?
comment transmettre le judaïsme par ligne maternelle chez les ceux appelés nuevos´ ´cristianos ?

Comment les marranes et fils de marranes sont ils vu par les juifs par les rabbins? Bnei Anusim, nouveaux chrétiens, conversos, marranos, criptojudíos.
Des termes plus ou moins redondants qui découvrent la mésaventure de tant de juifs espagnols et portuguais et nous fait decouvrir ce qu'est la diáspora et la vie qu'ils ont dû passer par des voies involontaires de pouvoir embrasser leur foi.
Des milliers se sont réellement convertis et leur trace a été perdue dans la société de l'époque.

Mais beaucoup d'autres ont préservé dans l'intimité de leurs maisons de leurs familles leur judaïsme ancestral.

Apres 5 siècles, aujourd'hui,encore ses fils reddecouvrent les vestiges de leur souche juive dans les coutumrs, dans les objets, dans la mémoire familiale elle-même en donnant, parfois, une dimension inconnue à cette découverte.
http://www.tarbutsefarad.com/index.php?option=com_content&task=view&id=1348&Itemid=309
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je suis marrane



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MessageSujet: Re: JE SUIS UN MARRANE (UN JUIF OUBLIE)   Lun 8 Sep 2008 - 6:58




Le 2 août 1492, plus de 300.000 Juifs sont expulsés d’Espagne, Peu de temps après l’expulsion des Juifs d’Espagne, Christophe Colomb, dont le nom est en réalité Cristobal Colon, embarque ses parents ainsi qu'un groupe de réfugiés juifs avec lui vers le nouveau monde (Source: Max J. Kohler, Luis De Santangel and Columbus, PAJHS, vol. 10 (1902), p. 162).

Dans son journal, Colomb lui-même attire l’attention sur la coïncidence de ce premier voyage avec l’expulsion des Juifs d’Espagne dans le passage suivant: « Après avoir expulsé les Juifs de son Empire, son Altesse, le même mois de janvier m’ordonne de voguer vers les dits territoires des Indes ». La reine Isabelle signe le décret quasiment le même jour ou Colomb commence son voyage. George COHEN, parmi les nombreux historiens juifs, précise que de nombreux Juifs fortunés financent l’expédition de Colomb. L’histoire des bijoux d’Isabelle n’est fondée sur aucun fait, mais relève plus du mythe destiné à glorifier la reine.

Trois marranes participent financièrement à cette aventure :

Luis de Santagel (ou Santangelo) [le premier décret royal pour exporter du grain et des chevaux vers l’Amérique est accordé à Luis de Santangel qui est reconnu comme étant le fondateur des plus grandes industries américaines [source : Cecil Roth, L’histoire des Marranes - History of the Marranos, Jewish Publication Society of America, 1932, pp. 272-73]. L’historien Kohler, dans son livre « Colomb », p. 159, nous cite une anecdote croustillante: «C’est un fait historique qu’un jour Ferdinand V, souhaitant de l’argent, s’arrête à la maison de Santangelo à Calatayud, pour y obtenir une somme considérable». «A cette époque, ni Ferdinand, ni Isabelle, n’ont à leur disposition suffisamment d’argent pour armer une flotte» (p. 75).


Gabriel Sanchez, également cité par Kohler dans son livre ci-dessus (p. 160), nous indique «c’est un négociant aisé».

Le trésorier royal et son assistant Juan Cabrero influencent la reine Isabelle pour les aider à financer le voyage de Colomb. Cabrero et Santangel investissent 17.000 Ducats [soit plus de 150.000 euros de nos jours]. De même qu’Alfonso de la Caballeria et Diego de Deza fournissent également des fonds. Abraham Ben Samuel ZACUTO fournit, quant à lui, les équipements d’astronomie et de navigation et Isaac ABRAVANEL l’assiste. Six Juifs en vue accompagnent Colomb dans son périple, parmi lesquels on retrouve: Mastre BERNAL, un scientifique; Marco, un chirurgien; Roderigo SANCHEZ, un inspecteur ; Luis de TORRES, un interprète ; et Alfonso DE LA CALLE comme marin. TORRES s’installe à Cuba et il devient celui qui introduit le tabac en Europe, exporté de ses vastes plantations. La relation entre les Juifs et la découverte de l’Amérique n’est pas une coïncidence fortuite. L’expédition de 1492 n’est que le résultat d’une entreprise essentiellement juive ou marrane.

Christophe Colomb etait un marrane, comme le proclame de nombreux historiens juifs, ses expéditions sont financées par des investisseurs juifs. Les joyaux de la reine Isabelle ne sont qu’un mythe!
Le general Franco d'Espagne est un autre marrane celebre.
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je suis marrane



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MessageSujet: Re: JE SUIS UN MARRANE (UN JUIF OUBLIE)   Lun 8 Sep 2008 - 7:04

Majorque ! Pour beaucoup ce nom évoque l'exotisme à la porte, les vacances et le tourisme de masse. Les agences de voyage en vantent le charme et la beauté. Pour les amateurs d'histoire, il évoque le séjour de quelques personnalités historiques célèbres tels le musicien Frédéric Chopin et la romancière qui signait " George Sand ". Pourtant, parmi les centaines de milliers de touristes qui s'y pressent chaque année, bien peu savent que l'île de Majorque est le théâtre d'une anomalie historique unique au monde: la persistance jusqu'à nos jours d'une communauté de descendants de juifs convertis de force au catholicisme en 1435: les Chuetas. Ce sont des " juifs malgré eux ".

A l'inverse des Marranes du Portugal, qu'évoquait un de nos récents numéros, ils n'ont gardé aucune tradition abâtardie du judaïsme de leurs pères si ce n'est qu'ils pratiquaient jusqu'à il y a peu d'étranges coutumes qu'eux-mêmes étaient incapables d'expliquer et qui se transmettaient de génération en génération sans explication aucune. On peut donc parler à leur endroit de " crypto-juifs " (juifs cachés). Juifs, les Chuetas ont cessé de l'être depuis 1691, date des derniers autodafés (actes de foi: cérémonies religieuses solennelles au terme desquelles les condamnés étaient " relaxés au bras séculier " pour être brûlés vifs). Aujourd'hui les descendants des " Chuetas " sont de bons catholiques, ou, pour la majorité des jeunes, indifférents à toute forme de religion, et pourtant on continue dans l'île à les appeler " les Juifs ", " nous avons même eu un maire juif " disait un chauffeur de taxi ! L'existence des " Chuetas " jusqu'à nos jours semble justifier la thèse célèbre de J.P. Sartre selon laquelle, est juif celui que les autres considèrent comme tel. Cette thèse, un peu courte, convient en tout cas aux Chuetas: il ne sont restés juifs que parce que les autres l'ont voulu ainsi.
http://www.sefarad.org/publication/lm/029/majorque.html

Le mot " Chuetas " est une injure. En vieux Majorcan cela signifie " porc ". C'est le nom donné aux descendants des 15 condamnés du dernier autodafé de 1691. Pour le malheur de leurs descendants, le hasard voulut que le Sambenito, vêtement d'infamie que tout condamné portait lors de la cérémonie de l'autodafé, que ces quinze malheureux avaient porté lors de cette procession, fut accroché avec leur nom dans le cloître d'une des églises de la ville: Santo Domingo. Quinze patronymes furent ainsi désignés à la vindicte publique qui atteignit tous ceux qui avaient le malheur de porter ces noms maudits jusqu'à il y a un peut plus de vingt ans ! Il s'agit des familles: Aguilo, Arbona, Bonin, Cortès, Forteza, Fuster, Marti, Miro, Pino, Pomaro, Segura, Tarengi, Valenti, Vallemora et Walls. Bien que les Sambenitos aient été détruits en 1813, jusque vers 1970, tous les Majorcans qui portaient un des ces quinze noms étaient appelés " Chuetas " et subissaient un dure discrimination. Un jésuite avait aussi contribué à cette transmission de la haine de génération en génération, il s'agissait du père Garau, un des inquisiteurs des autodafés de 1691, qui avait donné une relation tendancieuse de ce qu'il appelait " la grande conspiration " dans un livre qui porte le titre provocateur de la " fe triumfante " (la foi triomphante). Ce livre fut pendant plusieurs générations le best-seller de Majorque et connut plusieurs rééditions qui contribuèrent à perpétuer de génération en génération l'anti-chuetisme. Il existe donc à Majorque un antisémitisme très particulier qui ne s'exerce pas contre les Juifs venus de l'extérieur et authentiquement juifs - comme les Juifs ashkénazes qui s'établirent dans l'île ces dernières décennies - mais uniquement à l'encontre des descendants de quinze familles de crypto-juifs qui au 17ème siècle tentèrent vainement de revenir au judaïsme, descendants qui aujourd'hui ne sont plus juifs en rien et qui ne veulent pas l'être ! A l'heure actuelle, il y aurait à Majorque environ 300 familles de " Chuetas " et il fallut attendre l'expansion touristique des années 60-70 pour que prenne fin l'anti-chuestisme. Ce sentiment avait été un moyen de contrôle social lié à la fameuse " pureté de sang " dont se targuaient les nobles espagnols. Cet ostracisme qui durant des siècles frappa les " Chuetas " considérés dans l'île comme de véritables parias, relégués dans une sorte de ghetto, " la Call " de Palma, condamnés à l'endogamie (mariage entre cousins) et soumis à mille vexations, a permis à cette étonnante communauté de subsister jusqu'à nos jours.
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Liliane Abecassis



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MessageSujet: Re: JE SUIS UN MARRANE (UN JUIF OUBLIE)   Lun 8 Sep 2008 - 23:13

[b]
merci infiniment pour cet article si instructif!!
comme quoi on apprend toujours quelque chose!!
je m'etais souvent posee certaines questions auquelles cet article donne des reponses bien precises, sur les juifs d'espagne dont apres tout, nous (juifs maghrebins)empruntons le qualificatif de Sefarades.
au plaisir de vous lire bientot! MERCI
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issa
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MessageSujet: Re: JE SUIS UN MARRANE (UN JUIF OUBLIE)   Lun 8 Sep 2008 - 23:51

tres instructif cet article!!! je ne sais pas ou vous avez trouvé tous ces renseignements mais en tout cas, ceci est tres interessent car fondé et avec des sitations.. cela tombe bien car moi je recherche mes origine; je suis 1 pariente despagne(valadolid) et jaimerais savoir si mes ancetres etaient juifs? et si oui sils se sont convertis o christianisme en espagne, ou si alors ils ont exilés o maghreb avant de revenir en espagne ET de se convertir? Je sais sa fait beaucoup, surtout que je nai pas bocou de source de renseignements!!! jattends donc des renseignements ou des marches a suivres de tous les membres de maroc-amitie. merci
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issa
Invité



MessageSujet: Re: JE SUIS UN MARRANE (UN JUIF OUBLIE)   Mar 9 Sep 2008 - 18:39

je viens de relire cet article et je le trouve vraiment bien fait avec des rapports de recits, des explications bien detaillés , des dates et tout et tout... vraiment bravo!!! cela me reconforte 1 peu car je retrouve la meme attitude chez ma mere, ce qui pourrait pretendre a mon appartenance a la communautée juive, je lespere! une petite question cependant, N.aguillo devenu ben abraham et maintenant reconnu "juif" a part entiere, malgres que sa mere ne le soit pas? et par rapport a son nouveau nom, est ce un nom "d'emprun" ou alors son nouveau nom "detat civil"? Si cest possible davoir des reponses a mes questions, ce serait fort enrichissant pour moi. en vous remerciant encore pour ce formidable article qui change des trucs que tout le monde connait et qui napporte rien de neuf! Masalama.
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vasco de gama



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MessageSujet: Re: JE SUIS UN MARRANE (UN JUIF OUBLIE)   Mer 10 Sep 2008 - 16:19

Cet article est merveilleux et si bien explique, bravo.

pour Issa le nom Pariente est juif, des milliers de juifs de la zone espagnole (Tetouan, Tanger, Larache, Alcazarquivir et Arzila) portent ce nom il y avait un juif millionaire qui avait des banques a Larache et a Tanger, los bancos Pariente.
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je suis marrane



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MessageSujet: Re: JE SUIS UN MARRANE (UN JUIF OUBLIE)   Mer 10 Sep 2008 - 18:37



La branche morte du Judaïsme

Bien que bons catholiques, les " Chuetas " n'avaient pas le droit d'étudier dans les séminaires et donc de devenir prêtres et quand enfin cette interdiction fut levée, ces prêtres au sang impur dont les ancêtres " avaient tué le Christ " étaient interdits de prédication dans la cathédrale de Palma et dans d'autres églises de la ville ! En 1936, un rabbin érudit américain, Baruch Braunstein, entreprit des recherches sur les Juifs de Majorque et découvrit dans les archives de l'Inquisition à Madrid le double des listes de tous les Juifs de Majorque inquiétés par l'Inquisition. Ce livre fut traduit plus tard en espagnol et en catalan et publié à Majorque où il fit l'effet d'une bombe: 120 autres noms étaient ajoutés à la liste des quinze " Chuetas ": notamment ceux des familles majorquines qui durant des siècles avaient pris grand soin de camoufler leurs origines juives en faisant disparaître jusqu'au archives de l'Inquisition qui auraient porté atteinte à la " pureté de leur sang ". Il n'y avait dès lors pour ainsi dire plus aucune famille de l'île qui pouvait se prétendre " pure " de tout sang juif ! La publication de ce livre en 1965 porta un coup décisif à l'anti-chuetisme dont l'inanité apparut alors au grand jour. Sous l'influence du tourisme de masse, les esprits avaient changé; une ère nouvelle de tolérance et de pluralisme s'ouvrait ...
Aujourd'hui l'aventure des Chuetas s'achève. N'étant plus frappés d'ostracisme, les derniers descendants des condamnés de 1691 s'unissent par mariage avec des non-Chuetas notamment et s'assimilent rapidement dans la société majorquine moderne selon ce que fut depuis 1691 le voeu de leurs ancêtres. La plupart d'entre eux sont totalement indifférents par rapport à leurs origines. Les derniers Chuetas sont trop éloignés du judaïsme pour penser y revenir et, même s'ils vibrent à l'épopée de l'Israël moderne dont ils se sentent proches et qui leur a redonné une légitime fierté, nul ne songe sérieusement à revenir en Israël. Il n'existe à cette règle jusqu'ici qu'une seule exception: " Nous sommes la branche morte du judaïsme " nous disait l'un d'entre eux. L'anti-chuetisme étant mort, les Chuetas n'ont plus d'avenir: ils n'existaient que par cette haine anachronique ! Avant que ne s'achève définitivement l'épopée des Chuetas et qu'elle ne soit recouverte par la poussière de l'histoire, nous avons tenu à rencontrer les derniers représentants de cette communauté. C'est le résultat de cette enquête effectuée à Majorque que nous publions dans ce numéro qui fait suite ainsi à celui consacré aux Marranes du Portugal. Nous tenons à particulièrement à remercier ici tous les amis majorcans, Chuetas ou non, qui ont rendu possible cette enquête, notamment: José Mendez Gonzalez et son épouse Margarita, Antonio Cadaves Marti et tous les autres qui nous ont si aimablement ouvert toutes grandes les portes de leur foyer pour partager avec les étrangers que nous étions les derniers secrets des Chuetas.

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je suis marrane



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MessageSujet: Re: JE SUIS UN MARRANE (UN JUIF OUBLIE)   Mer 10 Sep 2008 - 18:43



Une visite à



la Majorque juive

Polleça, Inca, Benisalem, Soller, sont de coquets petits villages typiquement majorcans. Quelques familles de Chuetas y résident. Mais la majorité d'entre eux vit à Palma, la capitale, et plus particulièrement dans la " Call ": l'ancien ghetto de Palma. On y accède à partir de la " plaza d'Espagne ", centre de la ville et rendez-vous de tous les Majorcans. Une statue du Roi Jaime 1er qui conquit l'île au XIVème siècle s'y dresse. Depuis la " plaza d'Espagne ", des ruelles étroites sillonnées par des calèches transportant des touristes au travers du vieux Palma donnent accès à la " Call " et débouchent sur une place typique des villes d'Espagne entourée d'arcades: la plaza Mayor que bordent des cafés aux terrasses desquels les touristes sont attablés. C'est dans l'angle Nord-Ouest de cette place que se dressait autrefois le sinistre palais de l'Inquisition qui fut détruit et rasé par la foule majorquine en 1813 quand le vent de la liberté apporté par les Français de Napoléon balaya l'île. On y brûla alors les archives du Saint-Office et tout ce qui pouvait rappeler la barbare institution. Aujourd'hui, seule une rue adossée à cet angle évoque le souvenir de cet orgueilleux palais: " la rue de l'Inquisition ". C'est en dessous de la place actuelle que se trouvaient les sinistres cachots où tant de malheureux subirent les horreurs de la torture et vécurent leurs dernières heures avant l'ultime supplice. De la plaza Mayor on gagne l'église Santa Eulalia que les Majorcans appellent " l'église des Chuetas " et qui est encore fréquentée jusqu'à ce jour par leurs descendants. Là, leurs ancêtres au XVème siècle abjurèrent en masse le judaïsme et furent baptisés. L'église Santa Eulalia donne directement accès à la " Calle de la Plateria " (la rue de l'Argenterie) que les Majorcans appellent aussi " rue des Juifs ". Les ancêtres des Chuetas y pratiquaient déjà le métier d'orfèvre dont les juifs avaient le monopole et que leurs descendants exercent encore. Sur le plan socio-économique les Chuetas ont continué à pratiquer les métiers traditionnels des juifs. Au Moyen Age, les Juifs avaient développé à Majorque une célèbre école de cartographie dont le plus célèbre représentant était Isaac Cresques, dont les cartes rendirent possibles les voyages de Christophe Colomb.

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je suis marrane



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MessageSujet: Re: JE SUIS UN MARRANE (UN JUIF OUBLIE)   Mer 10 Sep 2008 - 18:47



La rue des Juifs



Les noms des luxueuses boutiques de la Calle de la Plateria ne laissent aucun doute sur les origines de leurs propriétaires: Benjamin Miro, Bonin, Marti, Fuster, etc. Nous entrons dans l'une des bijouteries: un homme de petite taille nous accueille. Nous demandons à voir les étoiles de David qui ornent toutes les devantures de la rue de l'argenterie, montrant qu'apparemment on s'est réconcilié avec ses origines. Nous engageons la conversation sur le judaïsme et Israël. La méfiance de notre hôte grandit pour se changer en inquiétude quand nous lui demandons:
- Etes-vous juif ?
- Non ! Nous sommes catholiques !
- Oui, mais ça fait longtemps !
Je lui parle de mon enquête auprès des Marranes du Portugal il y a un an et de mes projets quand aux juifs de Majorque. Rassuré, notre hôte admet alors son intérêt pour Israël qu'il a visité à plusieurs reprises.
- Comment vous sentez-vous là-bas ?
- Chez moi ! répond-il, bien qu'il soit hors de question que les Chuetas aillent s'y installer ! Mais j'aime ce pays et ce qui le touche me touche !
- Etes-vous l'objet de discriminations à cause de vos origines ?
- Plus maintenant ! Tout le monde sait qui nous sommes. Un des descendants des inquisiteurs de Majorque est même notre ami, les temps ont changé !
Quand nous prenons congé, notre hôte sur le pas de la porte me glisse à l'oreille alors que je m'excuse de l'avoir dérangé:
- Il n'y a pas à s'excuser, cette maison est la vôtre quand vous voulez !
Je le regarde: il a les larmes aux yeux !
Plus loin, une autre bijouterie porte le nom de " Miro ", nous y entrons. Une jeune femme nous reçoit et nous engageons avec elle le même type de discussion. Plus jeune que notre hôte précédent, elle ne fait aucune difficulté pour admettre ses origines chuetas. Elle aussi a visité Israël plusieurs fois. Elle a même été ici à Majorque interviewée par la télévision israélienne qui effectuait un reportage sur les Juifs de l'île dans le cadre du 500ème anniversaire de l'expulsion des Juifs d'Espagne, il y a deux ans. Elle aime Israël, s'y sent à l'aise mais n'envisage pas de s'y installer: " Je suis catholique de religion mais juive de race, déclare-t-elle, mais sur le plan de la foi je suis athée ! ".
La rue de la " juderia " (de la juiverie) nous conduit vers les emplacements des anciennes synagogues où se dressent maintenant des églises: celle de Monte Sion (le Mont Sion), celle du " temple ".

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je suis marrane



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MessageSujet: Re: JE SUIS UN MARRANE (UN JUIF OUBLIE)   Mer 10 Sep 2008 - 18:50



La Via Dolorosa des Chuetas

Quant à la cathédrale de Palma, elle est construite sur l'emplacement de l'ancienne mosquée dont elle a gardé quelque peu le style bien qu'une énorme rosace en forme d'étoile de David la décore. A l'intérieur, au milieu des richesses éblouissantes qu'elle abrite, on trouve des objets confisqués aux différentes synagogues de la ville, notamment des ornements précieux pour Thora. Les caractères hébraïques qui y étaient initialement gravés ont été effacés " pour ne pas souiller ce lieu saint chrétien ". Elle donne sur la magnifique baie de Palma et sur le front de mer. Non loin de là se trouvent les " bains turcs " qui ne sont rien d'autre que l'ancien mikvé (bain rituel de la communauté juive disparue).
Le front de mer où déambulent insouciants les touristes n'est autre que le chemin que prenaient les sinistres processions des autodafés qui se rendaient au lieu du supplice situé place Gomila. Il faut un effort d'imagination pour réaliser que sur cette vaste promenade où se balancent nonchalamment des centaines de bateaux face aux hôtels de luxe se dressaient autrefois les bûchers situés sur l'arrière des actuels hôtels de luxe. La place Gomila, lieu des exécutions, était jusqu'à y a peu le centre de tous les plaisirs de la capitale de l'île. Elle est aujourd'hui presque désertée par les touristes qui se sont transportés plus loin. Je m'arrête longuement sur ce site encore ornementé de néons défraîchis et contemple la magnifique vue qui s'étend à mes pieds, vue que les malheureux condamnés emportaient avec eux dans l'au-delà comme ultime vision de cette vallée des larmes ... Pas la moindre plaque commémorative n'évoque les drames qui s'y déroulèrent ... Au loin le château de Bellver (Belle-Vue) dresse sa masse imposante. Là, les Juifs pourchassés tentèrent de se réfugier lors des pogroms qui marquèrent le crépuscule des Juifs de Majorque. Insouciants et ignorants, les touristes vont et viennent.

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je suis marrane



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MessageSujet: Re: JE SUIS UN MARRANE (UN JUIF OUBLIE)   Mer 10 Sep 2008 - 18:54



A table avec les Chuetas

Le soir, nous nous retrouvons dans le foyer de nos amis Gonzalez qui ont rassemblé quelques amis marranes pour s'entretenir avec nous. José Mendez Gonzalez n'est pas lui-même Chueta, c'est un Marrane originaire d'Alicante, sur le continent, mais il a épousé Margarita Arbona Nicolau qui, elle, est une authentique " Chueta ", elle a d'ailleurs deux oncles ecclésiastiques dont l'un est évêque ! José et Margarita ont invité Antonio Marti, lui aussi authentique Chueta et Monola Aguilo dont le frère Nicolas est le seul " Chueta " à être retourné en Israël. Manola a 36 ans, ses parents tenaient une mercerie dans la Call de Palma. Manola se souvient quand enfant, sa grand-mère lui racontait comment son grand-père avait dû s'enfuir par les toits pour échapper un soir à la populace déchaînée et comment elle-même dans sa jeunesse ne pouvait sortir de la " Cal " sans essuyer une volée de pierres. " Mais elle ne se révoltait pas, nous dit Manola, cela faisait partie de l'ordre des choses ! Moi-même je ne me souviens pas d'avoir subi des vexations à cause de mes origines. D'ailleurs, nous les jeunes, à l'inverse de la génération précédente, nous sommes fiers d'être Chuetas ". Manola a mal vécu, tout comme ses parents, le départ de son frère pour Israël: " D'ailleurs après son départ, mon père a brûlé tous les documents ancestraux qui prouvaient que nous étions juifs. Il avait peur que d'autres de ses enfants suivent le même chemin que Nicolas ! Il avait peur qu'à cause de cela son commerce périclite ! ".
Comment Manola se situe-t-elle par rapport à Israël ? Elle a visité ce pays quand son frère était dans un kibboutz religieux: " J'y ai, avec surprise, retrouvé des coutumes que ma grand-mère pratiquait et c'est alors seulement que je me suis rendu compte que c'étaient des coutumes juives ". Car, comme tous les Chuetas, Manola a été élevée dans la religion catholique la plus stricte et ne connaissait absolument rien du judaïsme: " Ainsi nous nous lavions les mains avant chaque repas, même si nos venions de prendre une douche comme je l'ai vu faire au kibboutz. Le vendredi, jour de jeûne des catholiques, nous ne mangions pas de porc et à Pâques nous mangions des gâteaux de pain sans levain etc ... " Mais Manola, en forte réaction contre son frère, n'a pas aimé Israël. " Les juifs ne se sont jamais préoccupés des Chuetas ! " Pourtant son mari, - qui n'est pas juif ni chueta - porte une étoile de David autour du cou. Les autres jeunes Chuetas n'ont pas grand-chose à dire: " Le seul sentiment que j'ai, déclare Antonio, c'est d'être chueta ". " Je le suis dans ma chair ! Israël est la 2ème patrie " déclare un autre. L'anti-chuetisme a-t-il disparu ? Oui, mais çà et là il en reste encore quelques traces. Par exemple l'ancien maire, un cousin de Manola, a reçu des lettres d'insultes pendant son mandat parce que " juif ". Un autre jeune d'environ 25 ans se souvient qu'il y a encore une dizaine d'années, au collège, on l'injuriait parce que " Chueta ". Mais cela n'est plus que le vestige d'un passé irrémédiablement révolu sur lequel la majorité des Majorcans cherche à jeter un voile pudique, peut-être trop pudique.

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je suis marrane



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MessageSujet: Re: JE SUIS UN MARRANE (UN JUIF OUBLIE)   Mer 10 Sep 2008 - 19:00



Mes ancêtres ont été brûlé par



l'Inquisition

Au nord de l'île de Majorque, la petite ville de Pollença fut la capitale romaine de Majorque. D'imposantes ruines en témoignent encore non loin d'une plage justement réputée. Depuis le 17ème siècle, quelques familles de Chuetas y avaient établi leur résidence, parmi eux Llorenc Cortès qui consacre sa retraite à des recherches historiques et généalogiques sur les origines de sa famille. De ce fait, Llorenc Cortès est un des rares Chuetas qui ait une mémoire. Il nous a reçus fort aimablement chez lui lors de notre enquête à Majorque. Voici l'essentiel de cet entretien:
"- Je suis un descendant des juifs majorcans. Je le sais parce que je suis Chueta, mais je ne me considère pas comme juif. J'ai fait des recherches approfondies sur les origines de ma famille, depuis le moment où toute une génération a été condamnée par l'Inquisition au 17ème siècle. Une de mes ancêtres fut brûlée lors de l'autodafé de 1679. Elle s'appelait Cortès comme moi. Tout ses biens ont été confisqués. Son fils a lui aussi été brûlé ainsi qu'un autre de ses proches quelques années après, en 1691. Il se nommait Bartolome. Ce sont des personnages bien connus grâce aux Sambenitos et au livre du père Garau " la foi triomphante ". Tout ce que je sais de ce passé, je l'ai appris par mes recherches. Je n'ai reçu aucune tradition de ma famille. Comme chez tous les Chuetas, il n'y pas de tradition familiale. Au contraire, les parents font tout ce qui est possible pour cacher ces choses à leurs enfants car jusqu'à il y a peu on en avait honte. Ils ont peur que ça recommence ! A fortiori, on n'enseigne rien aux enfants sur le judaïsme. La seule chose que nous savons, c'est que nous descendons des juifs à cause de nos patronymes. Normalement un Chueta se rendait compte qu'il était Chueta à l'école vers l'âge de 6 ou 7 ans, quand on commençait à l'insulter. L'enfant revenait alors à la maison et disait à ses parents: " les autres enfants m'ont battu et m'ont traité de Chueta ". Alors le père prenait l'enfant à part et lui disait qu'il descendait des juifs: " Jésus et les apôtres étaient juifs, nous descendons du même peuple qu'eux et nous le savons, tandis que les autres ne le savent pas ! ". Jusqu'en 1950 c'est vraiment un sujet tabou. Il n'y avait pas même de véritable littérature sur ce sujet si ce n'est deux vieux livres. C'est tout ce qu'on pouvait savoir sur les Chuetas !
- Comment s'est développé votre intérêt pour ce sujet ?
- A Pollença nous avons eu la chance de vivre dans un village très libéral et je n'ai eu pratiquement jamais à souffrir de discrimination à cause de mes origines. Nous étions ici 30 ou 40 familles de Chuetas. Mais très jeune, j'ai eu entre les mains un livre de Blasco Ibanez, un romancier bien connu, qui avait écrit un roman su Majorque où il parlait des Chuetas. Aussi, après avoir lu ce livre, j'ai voulu en savoir plus; sachant que moi-même j'étais Chueta j'ai voulu savoir ce qui était arrivé à mes ancêtres. J'avais alors 8 ans. Au collège, vers l'âge de 13 ans, j'avais deux professeurs chuetas. J'avais entendu parler d'un ouvrage sur ce sujet écrit par le père Garau qui se nommait " la foi triomphante ". Ce livre avait d'abord été largement diffusé par l'église catholique puis, avec l'avènement des idées nouvelles, la hiérarchie avait compris que ce livre risquait de lui faire plus de mal que de bien. Aussi dès qu'on savait qu'une famille possédait ce livre, elle recevait la visite d'un prêtre qui l'invitait à le brûler " car ça ne vous fera pas de bien, ni à l'église, ni au peuple ". Je me souviens même d'un camarade au collège qui a été puni pour avoir refuser de se défaire d'un exemplaire de ce livre qu'il possédait. Ce livre, je le savais, était dans la bibliothèque du collège et j'ai demandé à un des professeurs chuetas de me le prêter, pensant qu'en tant que Chueta lui-même, il serait plus accommodant. Il m'a répondu: " Tu es trop jeune pour lire un tel livre, si tu le lisait maintenant tu perdrais la foi ! " J'ai tellement insisté qu'il a fini par céder. J'ai lu le livre et j'en ai reçu un vrai choc. Surtout quand j'ai lu le récit des exécutions où le père Garau se permettait de se moquer et d'insulter les condamnés. J'ai été particulièrement choqué quand il déclare que lors de l'exécution de Rafale Walls " dès que le feu a atteint son ventre, ses tripes se sont répandues par terre ". Effectivement, à partir de ce jour, j'ai perdu la foi et suis devenu agnostique ! Mais j'ai désiré en savoir plus. En outre, c'était l'époque de la 2ème Guerre Mondiale. Chez nous le soir, les Chuetas de la ville se rassemblaient et discutaient de l'évolution de la situation et notamment du sort qui nous serait réservé, à nous, les Chuetas si les Allemands entraient en Espagne.
- Avez-vous souffert en tant que Chueta ?
- Oui, mais assez peu ! Un peu à l'école et au lycée. J'ai eu aussi la chance d'aller au premier collège laïc créé dans l'île, à la fin du siècle dernier, ici même à Pollença et qui avait formé plusieurs générations de gens marqués par les idées libérales en sorte que Pollença est devenu un des villages les plus libéraux de l'île.
- Comment voyez-vous Israël et vos relations avec le peuple juif ?

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MessageSujet: Re: JE SUIS UN MARRANE (UN JUIF OUBLIE)   Mer 10 Sep 2008 - 19:05

- C'est une relation qui est définitivement coupée. Mais mon intérêt pour les Chuetas m'a toutefois conduit à m'intéresser à Israël et au judaïsme. J'ai pris contact avec les juifs de Palma et suis allé à plusieurs reprises à la synagogue. En fait mon coeur est juif si j'étais plus jeune je crois que j'irais m'établir en Israël et retournerais à mes racines. Mais c'est un intérêt uniquement historique. Je suis aussi allé en Israël à plusieurs reprises et les nombreux souvenirs d'Israël que vous voyez chez moi viennent de ces voyages. Vous en trouverez peu de semblables dans les maisons des Chuetas de Majorque au milieu desquels je suis un peu une exception. J'ai même été invité par les Télévisions israéliennes pour un festival à Jérusalem après avoir reçu ici Dan Scemama qui est venu faire un reportage dans l'île.
- Comment voyez-vous l'Etat d'Israël?
- Lors de la guerre des Six Jours, ce fut pour moi une grande joie que la victoire d'Israël. D'ailleurs, tous les Chuetas ici ont réagi de la même manière car, tous, nous sommes attachés à ce peuple ! Mais le peuple d'Israël ne s'intéresse pas à nous ! Bien qu'on m'ait dit qu'on commence à parler des Chuetas dans les écoles d'Israël ! Un jour, deux rabbins sont venus ici: Isaac Toledano et Elihahou Avihaïl. Eux aussi m'ont posé la question de savoir comment je voyais Israël, mais il est complètement utopique de penser que les Chuetas puissent revenir à leurs racines juives: nous en sommes trop loin ! Quelqu'un a dit que les Chuetas sont la " branche morte d'Israël ". La plupart des Chuetas sont complètement indifférents maintenant à ces choses parmi la jeune génération, tels mes propres enfants qui sont mariés avec des non-Chuetas et s'assimilent.
- Y a-t-il un changement d'attitude des Majorcans par rapport aux Chuetas?
- Bien sûr, et énorme ! Aujourd'hui les descendants des Chuetas, selon mes recherches, sont entre 25.000 et 30.000 dans la seule île de Majorque, mais tout le monde ici sait que presque toutes les familles de l'île ont du sang juif ! Les Majorcans s'intéressent donc énormément à ces problèmes. Tous les éditeurs de Majorque éditent des livres sur ces questions parce que c'est un chapitre de l'histoire locale. J'ai fait des recherches sur mon arbre généalogique et nous sommes la 14ème génération de Chuetas. C'est parfois très difficile à reconstituer parce que les Chuetas se mariaient entre cousins et portaient les mêmes noms. Par exemple, je crois que mon nom Cortès vient de " Cohen " (prêtre) car quand les juifs se convertissaient ils prenaient le nom d'un des nobles de l'île le plus proche du nom juif. Cohen-Cortès c'est très proche. Je vais publier un livre sur l'histoire de ma famille, fruit de toutes mes recherches. J'espère que cela contribuera quelque peu à conserver une mémoire retrouvée.
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MessageSujet: Re: JE SUIS UN MARRANE (UN JUIF OUBLIE)   Mer 10 Sep 2008 - 19:09



Un Christianisme abâtardi de



type marrane?

Selon ce qu'il affirme, Cayetano a reçu de son grand-père des éléments d'un christianisme " simple " qui mettait l'accent essentiellement sur la pauvreté et la valeur du travail. Son grand-père lui a aussi enseigné la " règle d'or ": ne pas faire aux autres ce qu'on ne voudrait pas que l'on nous fît, et les deux commandements du " bon Maître de Nazareth ": aimer Dieu de tout son coeur et son prochain comme soi-même. Plus tard, Cayetano s'est rendu compte que quelques familles partageaient la même foi. " Toute ma vie, déclare-t-il, j'ai travaillé dans le bâtiment et cela dès l'âge de 9 ans. Officiellement, surtout sous Franco, nous étions catholiques comme au temps de l'Inquisition. Un jour je me suis dit: je vais déchirer ce voile de terreur. Mais les autres avaient peur des autorités mais surtout de l'église catholique qui continuait alors à dominer l'Espagne par l'intermédiaire de Franco. Nous n'étions pas persécutés, mais comme Chuetas nous subissions des insultes, on nous faisait remarquer notre nez, on nous traitait de " Chuetas ", de "Juifs " et on nous disait: " Vous avez tué Jésus ". A l'âge de 15 ou 16 ans, j'ai décidé de réagir et avec les familles qui partageaient notre point de vue, nous avons commencé des réunions auxquelles se sont bientôt joints des voisins non-chuetas Là dessus la guerre civile a éclaté et les deux familles de Chuetas, judéo-chrétiens, se sont enfuies en France et je les ai complètement perdues de vue. C'étaient ceux qui étaient en accord avec ce christianisme simple. Des prêtres jésuites ont alors tenté de m'acheter, puis un pasteur méthodiste a voulu m'envoyer étudier dans un séminaire, des rabbins ont voulu m'envoyer en Israël avec des groupes de jeunes Chuetas, puis les fascistes franquistes ont aussi tenté de me récupérer. Moi je voulais être comme Jésus qui, selon notre tradition orale, travaillait comme charpentier et quand il y avait pas de travail, gardait les moutons. Nous ne sommes contre personne et sommes prêts à respecter les prêtres de toutes les religions ". Cayetano s'est aussi intéressé à la peinture. C'est ainsi qu'il a enseigné son art à des jeunes, puis il leur a fait part des ses idées. En 1987, le groupe est sorti de sa semi-clandestinité et, dès lors, est très actif sur la scène majorquine par de nombreuses interventions, auprès des journaux notamment. A leur sujet les avis sont un peu partagés. Certains, semble-t-il, voient en eux une secte, pour d'autres " ils ne font de mal à personne ", " il vaut mieux que les jeunes soient là plutôt qu'à se droguer ! " Mais on considère - non sans raison - que Cayetano a des idées bizarres. Un universitaire que nous avons interrogé s'est penché sur le groupe : " Il est difficile, déclarait-il, de faire la différence exacte entre la tradition qu'il a reçue de ses pères et les idées personnelles qui sont les siennes sur le plan religieux. Ses idées religieuses ne m'intéressent pas dans la mesure où elles sont peu ou prou ce que prônent la plupart des philosophies et des religions, mais ce qui m'intéresse chez Cayetano, ce sont ses expériences de Marrane et sa mémoire ". Peut-on remonter jusqu'aux origines du christianisme à Majorque ? La question reste ouverte et est d'autant plus difficile à cerner qu'il n'y a aucun document datant de cette période. Combien d'adeptes, Cayetano a-t-il ? Il est très vague là-dessus, il y en aurait dans toute l'île, notamment à Inca et même sur le continent. Un vendredi sur deux, une trentaine de personnes se rassemblent dans la maison de l'un d'entre eux pour une réunion informelle où l'on discute d'un thème choisi.

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MessageSujet: Re: JE SUIS UN MARRANE (UN JUIF OUBLIE)   Mer 10 Sep 2008 - 20:01

Quand j'étais enfant, mes parents exigeaient que je me lave les mains avant les repas, comme on le fait parmi les juifs religieux. Je continue à exiger cela de ma petite-fille. Nous aussi, le vendredi, nous ne mangions pas de viande de porc. Avant de cuire le pain, nous avions des rites particuliers. Nous mangions des gâteaux en forme d'étoile de David ainsi que le pain tressé, la " Hala ". La soupe majorquine est un plat typiquement juif qui s'est répandu dans toute la population et dont on trouve la description dans les livres de cuisine juifs, etc ... " La prédication de Cayetano a eu quelque impact sur les jeunes Chuetas qui voient par ce biais un moyen de revenir à leurs racines.


" Selon Cayetano, Ramon Lull, lui-même célébrité locale, aurait été d'origine juive et même aurait partagé la foi qu'il propage maintenant. Une forme abâtardie du christianisme primitif aurait-elle donc subsisté à Majorque, des origines jusqu'à nos jours ? La réalité est sans doute plus complexe ! Pour ce qui est de l'enseignement de Cayetano, les idées personnelles qu'il a glanées à de multiples sources ont nettement pris le pas sur ce qu'il affirme avoir reçu de ses ancêtres.
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MessageSujet: Re: JE SUIS UN MARRANE (UN JUIF OUBLIE)   Mer 10 Sep 2008 - 20:10

- Qui sont les Chuetas ? D'où viennent-ils ?
- L'histoire des juifs de Majorque est très spéciale en ce que, lors de l'expulsion des juifs d'Espagne en 1492, il n'y avait plus ici de juifs à expulser pour la bonne raison qu'officiellement ils s'étaient tous convertis au catholicisme ! L'île avait été conquise par le roi Jaime 1er en 1299 et il y avait déjà une importante communauté juive que le roi a protégée et confirmée dans ses privilèges. Les choses changent en 1478 quand est introduite dans l'île l'Inquisition espagnole. C'est pour les Rois Catholiques un instrument de contrôle social, plus politique que religieux.
- Pourquoi les Juifs sont-ils soudain devenus un problèmes?
- Dans l'état nouveau centralisé, les juifs représentaient un refus de se fondre dans la masse; ce que voulaient les Rois Catholiques, c'était un état uniforme, centralisé et moderne. Avec les musulmans, les juifs étaient un groupe ayant une forte identité culturelle et religieuse.
- D'où venaient les Juifs de Majorque?
- C'est difficile à dire ! En fait, il y a une filiation. On passe des juifs aux " conversos ", c'est-à-dire aux juifs convertis au catholicisme, puis des " converdos " aux " Chuetas " qui sont les descendants des " conversos ". Pour ce qui concerne les juifs, il y a deux dates importantes: l'année 70, la chute de Jérusalem et l'année 623. Il n'y a pas de doute que les juifs se dispersèrent sur le pourtour de la Méditerranée et la population juive des Baléares date sans doute de cette époque, mais il n'y a aucun document écrit. Le premier document date de 417. C'est une lettre de l'évêque de Minorque Sevère qui explique comment il a converti tous les juifs de son diocèse, à la suite d'affrontements qui ont opposé juifs et chrétiens dans l'île. Cette lettre nous dit que le rabbin de Minorque avait de la famille à Majorque, il y avait donc des juifs dans l'île, au moins au 5ème siècle ! Il y avait un ghetto: la " Call " dans ces deux îles ! Il y a même une tradition qui veut que Paul soit venu à Majorque, mais je pense que ce n'est rien qu'une tradition! S'il y avait des juifs en 416, cela signifie que les arabes les y ont trouvés lors de leur conquête de l'île. Ils ont fait du commerce jusqu'au 11ème siècle et leur rôle commercial était vital. Les marchands juifs jouissaient d'une grande liberté, leur situation était bonne et leur nombre a dû s'accroître durant cette période.
- Et lors de la reconquête?
- Je pense qu'au début les rois voulaient plus ou moins conserver le statu quo parce que c'était leur intérêt. Pour cela les rois leur ont accordé des privilèges que jalousèrent les autres habitants de l'île, ce qui déclencha des pogroms contre la Call. Effrayés par ces attaques, tous les juifs finirent par se convertir pour avoir la paix. Dès lors, les juifs devenus catholiques relevèrent de l'Inquisition qui aura une grande activité jusqu'en 1523. Mais la plupart des condamnés, à cette époque, sont brûlés en effigie, ce qui signifie qu'ils ont réussi à s'échapper certainement avec l'accord tacite de l'Inquisition ce qui est donc le pendant de l'expulsion des juifs en Espagne. Ici, on ne peut expulser des juifs: officiellement, il n'y en a plus, alors on expulse les " conversos ". C'est une expulsion déguisée de gens officiellement convertis en 1425.
- Pourquoi s'étaient-ils convertis?
- Il y a eu 2 conversions de masse: une en 1391, qui suit une série de pogroms contre la Call, puis une autre en 1425. Celle de 1391 est la conséquence de l'ordre social qui prévalait dans l'île. En 1435, un rabbin fut accusé d'avoir fait subir à un de ses esclaves maure le supplices infligés à Jésus. Les principaux responsables de la communauté juive sont condamnés à la décapitation. Pour sauver leurs chefs, les juifs acceptent donc de se convertir en masse. Mais ce qu'il faut dire, c'est que quand un juif se convertissait, il devait changer de nom. En général, il prenait celui de son parrain. A l'époque c'était un honneur pour un noble de parrainer un juif converti et de lui donner son nom, de sorte que les " nouveaux chrétiens " de Majorque eurent bientôt les noms des nobles de la cité. Dès lors, il y eut pour un même patronyme deux lignées: une qui était descendante de juifs et l'autre qui était descendante de nobles. Quand naquit en Espagne le mythe de la pureté de sang, les nobles majorcans furent dans une situation difficile car on pouvait croire à leur patronyme qu'ils étaient juifs et donc n'avaient pas de sang pur ! C'est ce qui se produit notamment au 17ème siècle. C'est pourquoi au 17ème siècle le fait qu'il ne reste plus que 14 ou 15 noms est pour les nobles une aubaine. En faisant retomber sur ces 14 et sur eux-seuls tout l'opprobre des descendants de juifs, les nobles et les autres font ainsi oublier leurs propres origines juives. L'autodafé de 1691 était religieux mais la reproduction du racisme anti-chueta jusqu'à notre siècle est due au rôle décisif de la noblesse majorquine.
- Comment?
- Les choses tournent autour de la question de la " pureté de sang ". Par exemple, c'est la noblesse qui a financé les différentes rééditions de la " foi triomphante " du père Garau pour qu'on garde la mémoire des événements de 1691. Quand le feu de la haine avait tendance à s'éteindre, les nobles remettaient de " l'huile sur le feu " par une réédition de la " foi triomphante ". En outre, sans le savoir, les Chuetas pratiquaient des rites juifs qu'eux-mêmes ne pouvaient expliquer. Par exemple, ils ne mangeaient pas de langouste interdite par la Thora et autres lois alimentaires semblables ! Certains faisaient de la charcuterie de viande de boeuf. Au 17ème siècle, des marchands descendants de juifs voyageant dans le monde entier rencontraient des juifs là où ils se rendaient et ont sous influence cherché à revenir au judaïsme. Ils ont introduit des livres à Majorque et ont créé des groupes de judaïsants qui pratiquaient un curieux mélange: ils égorgeaient les animaux de façon rituelle etc... Finalement en 1630 est arrivé à Majorque un juif âgé d'environ 17 ans qui parlait espagnol. Cela a semblé suspect à l'Inquisition car, en principe depuis 1492, il ne restait plus de juifs en Espagne. Il a été jugé et brûlé. Alors a commencé une véritable chasse aux Marranes dans l'île. On a trouvé en particulier un groupe de Marranes qui se rassemblait dans un jardin pour prier. Petit à petit, ils ont fini par être tous arrêtés et jetés en prison. Mais ils ont imploré le pardon des autorités et ont été relaxés. Quelques années plus tard, un autre groupe d'environ 200 personnes a tenté de fuir l'île en bateau, mais ils ont dû faire demi-tour à cause du mauvais temps. Cette fois 23 membres de ce groupe ont refusé de revenir au catholicisme et se sont déclarés ouvertement juifs, ils ont été brûlés vifs. Aujourd'hui la question chueta n'est plus qu'une question archéologique. L'anti-chuetisme a disparu, c'est absurde d'affirmer le contraire. Leur aventure est maintenant terminée. La génération des Chuetas est bien la dernière.
- Comment vous qui n'êtes pas Chueta vous êtes-vous intéressé
à ce sujet ?
- Quand j'étais enfant, j'avais une tante qui avait épousé mon oncle et, lui, était Chueta. Et quand cette tante venait chez moi, ma mère me recommandait d'éviter d'employer le mot " Chueta " pour ne pas l'offenser. Puis j'en ai fait le sujet de la thèse et je me suis passionné pour le sujet.
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MessageSujet: Re: JE SUIS UN MARRANE (UN JUIF OUBLIE)   Mer 10 Sep 2008 - 21:00






DE MAJORQUE A JERUSALEM




NICOLAS AGUILO DEVENU




NISSAN BEN ABRAHAM




RETROUVE SES RACINES


C'est à Shilo, première capitale d'Israël du temps des Juges, aujourd'hui " territoires occupés " que nous avons rencontré Nissan Ben Abraham. C'est un authentique Chueta qui a décidé de revenir aux sources et qui est allé jusqu'au bout de sa démarche en revenant non seulement au judaïsme, mais aussi dans la terre d'Israël. Il retrace ici, pour nous, l'essentiel de sa démarche peu commune.


" J'ai commencé à savoir que j'étais juif vers l'âge de 10 ans. Mon père fut un des premiers " Chuetas " à se marier avec un catholique. C'était il y a 35 ans.


A cette époque encore c'était un événement exceptionnel. Avant cela les " Chuetas " se mariaient entre eux, car pour un catholique épouser une " Chueta " c'était se souiller et vice versa. J'ai d'abord découvert qu'il y avait des Chuetas " et que c'était quelque chose de mauvais. C'est un mot qu'on utilise comme un injure. Mais à cette époque je ne savais pas que j'étais l'un d'eux ! Un jour que je passais avec ma mère dans une des rues de Majorque qui se nomme " rue Yehuda Cresques ", scientifique juif de renom , ma mère me dit: " Ne ris pas, car toi aussi tu en es un ! " Elle croyait que je savais, mais pour moi ce fut un terrible choc ! Pendant des mois je n'ai pu me défaire de cette pensée. Bien sûr, c'était le genre de sujet qu'on évitait soigneusement à la maison, comme dans la plupart des autres familles " Chuetas ". Bien sûr à l'école, j'avais déjà été alerté plusieurs fois. Mon père et mon grand-père avaient beaucoup souffert dans leur jeune âge, au point que tous les enfants " Chuetas " devaient se rendre à l'école, en groupes, escortés de deux prêtres pour que les autres enfants ne leur jettent pas des pierres ! Sans aller jusqu'à ces extrémités, j'ai souffert à l'école à cause de mon nom.


Au début, quand on m'injuriait je ne comprenais pas ce que ça s'adressait à moi, et petit à petit j'ai réalisé que c'était moi qu'on traitait de " Chueta ", alors j'ai commencé à comprendre ! C'est un antisémitisme d'un genre très particulier".





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MessageSujet: Re: JE SUIS UN MARRANE (UN JUIF OUBLIE)   Mer 10 Sep 2008 - 21:04


A la recherche de mes racines


"Après plusieurs mois de réflexion à la suite de la découverte de mes origines, j'ai commencé à chercher mes racines notamment dans des livres sur le judaïsme. A cette époque, il n'y en avait pas beaucoup ! A Majorque, il existe une toute petite communauté juive ashkénazes qui s'est constituée en 1970 quand la liberté religieuse est venue en Espagne. J'ai cherché dans toutes les bibliothèques disponibles des livres sur le judaïsme. J'en ai seulement trouvé 2 dont un comprenait quelques prières juives dont les 18 bénédictions et l'alphabet hébreu. J'ai soigneusement copié ces prières et l'alphabet, et je me suis mis à les apprendre. Au début, ma démarche n'était pas religieuse, mais nationale: je voulais m'identifier à mon peuple. Je continuais à aller à l'église comme c'est de coutume chez les " Chuetas ". Ce n'est que petit à petit que j'ai commencé à évoluer. Par exemple, j'ai commencé à ne plus utiliser d'argent le shabbat etc ... non par souci religieux mais national. Plus tard, je suis tombé sur une méthode " assimil " d'hébreu biblique en anglais. Je n'avais pas étudié l'anglais à l'école mais le français. J'avais à cette époque quelque chose comme 12 ans. Je devais traduire phrase par phrase à l'aide d'un dictionnaire. J'ai pris contact avec la communauté juive de Majorque et je me suis mis à fréquenter la synagogue, semaine après semaine. La première fois que j'y suis allé, je l'ai signalé incidemment à mes parents qui n'ont pas répliqué. Ils ne savaient pas que j'avais l'intention d'y retourner chaque semaine. Nous habitions au 7ème étage d'un immeuble, et un jour j'ai rencontré mes parents au pied de l'ascenseur, ma mère m'a demandé:


- " Pourquoi n'étais-tu pas à l'école samedi dernier ? - Parce qu'il y avait une prière spéciale à la synagogue, ai-je répondu.


- Et pourquoi n'étais-tu pas non plus à l'école la semaine d'avant ?

- Parce qu'il y avait une prière spéciale à la synagogue ! "

Alors elle m'a dit:

- " Pourquoi vas-tu à la synagogue plutôt qu'à l'école ? Je leur ai dit que c'est parce que je m'identifiais totalement à Israël. Ce fut pour eux un choc, surtout pour mon père".

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MessageSujet: Re: JE SUIS UN MARRANE (UN JUIF OUBLIE)   Mer 10 Sep 2008 - 21:10


J'ai décidé d'aller m'établir



en Israël



"Ils sont montés me parler dans ma chambre, je leur ai montré mes livres. En outre, tout cet été-là, j'ai eu avec mon père des conversations très profondes sur les questions religieuses. C'était beaucoup plus facile pour ma mère car, pour elle, de toute façon elle avait épousé un juif; qu'il soit pratiquant ou non, en fin de compte, importait peu. Mon père, lui, avait certainement réfléchi à ces choses quand il était jeune et même s'il n'avait pas grand choix, il avait opté résolument pour le catholicisme et il avait été conséquent avec ses choix. Dès lors, avec lui, les relations sont devenues difficiles. Ca a un peu changer après la naissance de notre premier enfant, il est venu le voir en Israël, il est revenu une deuxième fois après, et petit à petit, je crois qu'il a fini par se faire à l'idée que j'avais choisi cette voie-là ... Un jour, je suis tombé sur la revue de l'Alliance Israélite Mondiale qui publiait la lettre d'un enfant juif qui remerciait le Président des Etats-Unis pour l'aide apportée à Israël. Cela m'a donné l'idée d'écrire moi aussi en espérant que ma lettre serait publiée et que, par ce moyen, j'obtiendrais les livres qui me manquaient. J'avais alors 17 ans. Quelques mois sont passés sans réponse. Puis un jour, une lettre est arrivée, puis deux, puis 10. En fait, en un mois une centaine de lettres me sont parvenues de jeunes en Israël. J'ai commencé par recevoir 4 lettres écrites en hébreu sans ponctuation. Cela a été très dur pour moi, il a fallu que je traduise chaque phrase avec un dictionnaire. Quand j'arrivais à la fin de la phrase, je ne me souvenais même plus du début ! Que s'était-il passé ? L'Alliance Israélite Mondiale avait fait parvenir ma lette au grand quotidien du soir " Maariv " qui l'avait publiée invitant les lecteurs à m'écrire. Certains se sont mis à m'écrire chaque semaine sans même attendre de réponse. J'avais entendu parler d'Israël, j'avais lu pas mal de livres, mais j'ai commencé à demander à mes correspondants si on pouvait être un bon juif sans connaître la Thora et le Talmud. Certains m'ont répondu en disant: " Non, on ne peut pas être un bon juif sans connaître ces choses, aussi viens en Israël et étudie ", d'autres disaient: " Si, on peut être un bon juif sans connaître la Thora et le Talmud , l'essentiel c'est que tu viennes vivre en Israël ! " Ne sachant trop que penser, j'ai constaté qu'ils disaient tous que la place d'un juif est en Israël, aussi ai-je décidé que j'irais vivre là-bas. J'ai attendu pour cela d'avoir terminé mon service militaire en Espagne. Alors, j'ai fait part de ma décision à mes parents. Ils ont pensé que c'était une idée d'un moment jusqu'à ce que j'obtienne mon passeport pour Israël. Pour nous tous, ce fut un moment très difficile. Pour mes parents cela va sans dire, mais pour moi aussi, car être juif à côté de la maison c'est autre chose que d'être juif de l'autre côté de la Méditerranée. Je suis parti entre Rosh Hashana et Yom Kippour en 1977. Je suis d'abord allé dans un kibboutz religieux dans la vallée de Beit Shean. Quand je me suis marié, j'ai quitté le kibboutz et suis venu habiter à Jérusalem avant de venir ici à Shilo, première capitale d'Israël, par idéalisme pour contribuer à ce grand mouvement qui a débuté il y a 50 et même 100 ans et qui pousse les juifs du monde entier à revenir en Israël. Je crois que les événements actuels ne pourront pas remettre en question durablement ce mouvement et le sionisme perdurera malgré le processus en cours".


A Majorque il y a de nombreux Marranes qui s'intéressent énormément au judaïsme sur le plan culturel, ils se sentent partie du peuple d'Israël, mais faire ce que j'ai fait, ça c'est difficile pour eux !

Ils viennent ici en touristes, ils font même des dons, mais 600 ans d'Inquisition ont fait là-bas de terribles ravages en sorte qu'ils restent Marranes. Il y a 16 ans, en 1992 - 500ème anniversaire de l'expulsion des juifs d'Espagne - Nicolas Aguilo devenu Nissan Ben Abraham, le marrane revenu aux sources, allumait la flamme qui commémorait la lutte des juifs d'Espagne contre l'Inquisition lors du 44ème anniversaire de l'indépendance d'Israël, la patrie retrouvée. De Majorque à Jérusalem, après un voyage de 500 ans, la boucle est bouclée. Le dernier des " Chuetas " était revenu à la maison, signe indiscutable que l'exil touche à sa fin et que le temps est proche ... et preuve que même à Majorque, dans les " îles de la mer " des ossements complètement secs et qui ne pouvaient revivre sortent des tombeaux des Nations et reviennent reprendre vie sur l'ancienne terre d'Israël.

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MessageSujet: Re: JE SUIS UN MARRANE (UN JUIF OUBLIE)   Mer 10 Sep 2008 - 21:13

Ce texte a ete ecris :

Les"Chuetas" de Majorque ou les Juifs Malgré eux, par Jean-Marc Thorbois

http://www.sefarad.org/publication/lm/029/majorque.html
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MessageSujet: Re: JE SUIS UN MARRANE (UN JUIF OUBLIE)   Mer 10 Sep 2008 - 21:26

La conquête romaine :
Lassés de l’activité des pirates qui infestent les Baléares et portent préjudice à sa puissance maritime. En l’an 123 avant JC, Rome envoie ses troupes conquérir Majorque. Celles-ci sont accueillies par les jets de pierre des habiles frondeurs majorquins (sport encore populaire). Au terme de douze années ces frondeurs seront incorporés dans les régions romaines pour les campagnes d’Afrique. C’est sous la domination romaine, qu’apparaissent les premières cités dont il reste de nobles vestiges à Pollensa.

Les invasions Vandales et Byzantines :
En l’an 425, Majorque subit l’invasion et le pillage des vandales. Leur établissement annonce le début d’une ère de décadence, pendant laquelle Pollensa sera saccagée. Cette domination prendra fin par la conquête de l’île en l’an 534 par le général byzantin Belisario.

Une influence arabe importante :
La domination byzantine sera de courte durée, car l’an 707 voit le premier débarquement des musulmans. Après 2 siècles de tiraillements incessants, Majorque est intégrée à la dynastie des Omeyyades. Le château érigé sur la commune d’Alaro, fût le dernier bastion de la résistance chrétienne. Il s’en suivit une étape de grande prospérité qui fit de Medina Mayurka, l’actuelle Palma, un lieu de rayonnement culturel. Les bains arabes de Palma en constitue l’un des rares vestiges.

700 ans de christianisme :

Date anniversaire de Majorque, le 12 septembre 1229, les armées de la couronne d’Aragon récupèrent Majorque pour la chrétienté sous le commandement du Roi Jaume 1. C’est au cours de ces premiers siècles de christianisme, que la cartographie maritime majorquine devint célèbre dans le monde entier. Abraham et Jafudà Cresques, auteur du fameux Atlas Catalan de 1375, l’original est conservé à la Bibliothèque Nationale de Paris, sont les cartographes les plus connus. Après l’unification des couronnes de Castille et d’Aragon, l’histoire de Majorque suit de près celle de l’Espagne. En 1715, le Roi Philippe V abolit les institutions insulaires et interdit l’usage du Catalan. Depuis 1977 et la fin du Franquisme, la langue et les symboles d’identité propres aux îles Baléares ont été récupérés. Les îles Baléares possèdent leur propre gouvernement, et conseils insulaires dotés de moyens de gestion et d’administration.

A l'heure actuelle, il y aurait à Majorque environ 300 familles de " Chuetas " et il fallut attendre l'expansion touristique des années 60-70 pour que prenne fin l'anti-chuestisme. Ce sentiment avait été un moyen de contrôle social lié à la fameuse " pureté de sang " dont se targuaient les nobles espagnols. Cet ostracisme qui durant des siècles frappa les " Chuetas " considérés dans l'île comme de véritables parias, relégués dans une sorte de ghetto, " la Call " de Palma, condamnés à l'endogamie (mariage entre cousins) et soumis à mille vexations, a permis à cette étonnante communauté de subsister jusqu'à nos jours.
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MessageSujet: Re: JE SUIS UN MARRANE (UN JUIF OUBLIE)   Mer 10 Sep 2008 - 21:40




    • Mars-juillet : Autodafés à Majorque après la découverte d’une synagogue secrète en 1678. 37 personnes sont brûlées pour crypto-judaïsme. Les 300 familles de conversos de l’île sont traitées avec mépris (chuetas) et doivent résider dans le ghetto (calle) jusqu’en 1782.

    • Un autodafé (du portugais auto da fé, qui est auto de fé aujourd'hui, venu du latin actus fidei - acte de foi) consistait, à l'origine, à brûler des livres considérés comme païens, blasphématoires ou immoraux (mesure qu'aurait pratiquée Paul de Tarse). Puis, au Moyen Âge, il devint la proclamation solennelle d'un jugement prononcé par l'Inquisition et dont l'exécution conduisait le coupable à sa destruction, mort ou vif, par le feu.



    • L'Inquisition était une juridiction spécialisée (un tribunal), créée par l'Église catholique romaine et relevant du droit canonique, chargée d'émettre un jugement sur le caractère orthodoxe ou non (par rapport au dogme religieux) des cas qui lui étaient soumis. L'Inquisition était une juridiction d'exception, établie pour représenter l'autorité judiciaire du pape sur une région donnée, quand le fonctionnement normal des tribunaux ecclésiastiques s'avérait inadapté.
      Historiquement, il y a eu plusieurs juridictions spécialisées de ce type. On peut distinguer trois différentes Inquisitions, qui font l'objet d'articles séparés :

      1. l'Inquisition médiévale,
      2. l'Inquisition espagnole, inféodée à la couronne d'Espagne, fondée en 1478, et l'Inquisition portugaise, fondée en 1531,
      3. l'Inquisition romaine (Congrégation de l'Inquisition romaine et universelle), fondée en 1542, rebaptisée Sacrée Congrégation du Saint-Office en 1909.

      Le présent article traite des aspects généraux de l'Inquisition, par rapport à l'approche catholique de l'hérésie, à sa justification politique, au fonctionnement du droit, et à la manière dont l'Inquisition est à présent présentée et perçue socialement. Les aspects historiques se limitent ici à la chronologie générale.



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MessageSujet: Re: JE SUIS UN MARRANE (UN JUIF OUBLIE)   Mer 10 Sep 2008 - 21:50

Le bûcher n'est pas une invention de l'inquisition : dans toute l'Europe, avant et après la mise en place de l'Inquisition, les tribunaux civils ont condamné des personnes au bûcher, principalement pour hérésie, sodomie ou sorcellerie. La chasse aux sorcières par exemple a fait bien plus de victimes en Allemagne, où ne régnait pas l'Inquisition, qu'en France du sud ou en Espagne.


Le nombre de personnes abandonnées à la justice civile et livrées au bûcher est difficile à évaluer. La mémoire collective est marquée par les exécutions massives de Montségur, Vérone ou du Mont-Aimé et par la répétition des bûchers lors de l'Inquisition espagnole.
Les registres des procès ont partiellement disparu et les historiens sont amenés à évaluer le bilan humain seulement à partir de documents partiels. Ce principe d'évaluation conduit à des résultats extrêment variables. Juan Antonio Llorente dans son étude Histoire critique de l'Inquisition d'Espagne depuis l'époque de son établissement par Ferdinand V, jusqu'au règne de Ferdinand VII, en 1818, l'estime à environ 30 000 condamnations à mort physique (et 15 000 par effigie).

Au temps de l'inquisition triomphante, on posa en 1524 à Seville une plaque commémorative donnant un bilan des quarante premières années de l'inquisition espagnole, supposées les plus terribles :




L'an du Seigneur 1481 [...] a commencé en ce lieu le Saint Office de l'Inquisition contre les hérétiques judaïsants, pour l'exaltation de la foi. Par lui, depuis l'expulsion des juifs et des Sarrasins jusqu'en l'année 1524 [...] plus de vingt mille hérétiques ont abjuré leurs criminelles erreurs, et plus de mille obstinés dans l'hérésie ont été livrés aux flammes, après avoir été jugés conformément au droit [...]
D'après Henri-Dominique Lacordère « l'inquisition est un progrès véritable comparée à tout ce qui avait eu lieu dans le passé. À la place d'un tribunal sans droit de grâce, assujetti à la lettre inexorable de la loi, on avait un tribunal flexible duquel on pouvait exiger le pardon par le repentir, et qui ne renvoya jamais au bras séculier que l'immense minorité des accusés. L'inquisition a sauvé des milliers d'hommes qui eussent péri par les tribunaux ordinaires ».
En Espagne, l'inquisition est sous l'autorité du roi. C'est lui qui désigne les inquisiteurs. Le pape n'aura que très peu d'influence sur l'inquisition espagnole et face à l'intransigeance d'un Torquemada, il ne peut qu'élever une protestation. Instrument du pouvoir, elle est d'abord une force d'unification dans l'Espagne après la Reconquista. Elle se met ensuite au service du pouvoir devenant une arme contre les fueros.
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MessageSujet: Re: JE SUIS UN MARRANE (UN JUIF OUBLIE)   Mer 10 Sep 2008 - 21:52

XVe siècle et Inquisition espagnole
1478 : Isabelle la Catholique obtient du pape Sixte IV la bulle créant l'Inquisition espagnole. Elle est mise en place et commence à fonctionner en 1480, les inquisiteurs étant nommés par les souverains.
1481 : Organisation des premiers Auto da fé
1482 : Dans un bref du 29 janvier, Sixte IV condamne les excès de l'Inquisition espagnole.
1483 : Torquemada est nommé par le pape grand inquisiteur d'Espagne. Il publie son code de l'inquisiteur en 1484. Sa rigueur suscite de nombreuses protestations et l'intervention de Sixte IV.
1484 : Innocent VIII promulgue la bulle Summis desiderantes affectibus autorisant l'Inquisition à agir en matière de sorcellerie.
1486 Parution du Marteau des sorcières (malleus maleficarum) des inquisiteurs Henri Institoris et Jacques Sprenger et début de la chasse aux sorcières
1492 : Décret d'expulsion des juifs d'Espagne (Décret d'Alhambra, resté officiellement en vigueur jusqu'en 1967).
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MessageSujet: Re: JE SUIS UN MARRANE (UN JUIF OUBLIE)   Mer 10 Sep 2008 - 21:55

XVIe siècle, Réforme et Renaissance
1512-1517 : Ve concile du Latran. Les livres imprimés doivent être soumis à l'avis de l'Église (voir 1559).
1520 : Organisation de l'Inquisition espagnole aux Pays-Bas espagnols.
1523 : Premiers martyrs de la Réforme aux Pays-Bas espagnols.
1525 : L'Inquisition espagnole commence à poursuivre les illuministes et se défie des mystiques. Les mystiques espagnols seront souvent inquiétés par l'Inquisition : c'est le cas de Thérèse d'Avila et de Jean de la Croix, futurs docteurs de l'Église.
1531 : L'Inquisition est établie au Portugal par autorisation du pape Clément VII.
1542 : Création du Saint-Office à Rome, cour d'appel pour les jugements concernant les hérésies et la foi, et tribunal des causes réservées au pape. Il est à l'origine de l'Inquisition romaine.
1550 : Le théologien réformateur Heinrich Bullinger déclare à Genève que l'hérésie peut être punie de la peine de mort, comme le meurtre ou la trahison.
1559 : Création de l’Index par le Saint-Office de Rome]. Le premier index espagnol, dit de Valdès, est publié quelques mois plus tard: il incorpore de nouvelles œuvres, en particulier en langue romane: sur 670 ouvrages interdits, 170 sont en langue "vulgaire".
1559 : L'Inquisition espagnole anéantit brutalement les noyaux protestants d'Espagne par une série d'autodafé (1559-1563).
1568 : Début de la Guerre de Quatre-Vingts Ans aux Pays-Bas espagnols.
1600 : L'Inquisition romaine condamne le dominicain Giordano Bruno à être brûlé vif.
1601 : Raymond de Peñafort est canonisé.
1605 : Dans son fameux roman, Miguel de Cervantes met en scène un Don Quichotte poursuivi par l'Inquisition (et l'Inquisition espagnole ne l'inquiète pas particulièrement).
1616 : Les idées de Copernic sont condamnées par le Saint-Office, Galilée doit cesser d'enseigner ses thèses.
1633 : Condamnation des thèses de Galilée, qui se voit assigné à résidence.
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MessageSujet: Re: JE SUIS UN MARRANE (UN JUIF OUBLIE)   Mer 10 Sep 2008 - 22:03

Le marranisme est le terme désignant le type de christianisme adopté par les Marranes.

Les Marranes (dérivé de l'espagnol et du portugais Marrano: cochon, lui-même de l'arabe محرّم muharram signifiant "rituellement interdit", se référant à la prohibition de la viande de porc des religions juive et musulmane), étaient des Juifs séfarades (Juifs de la Péninsule Ibérique), plus rarement des Maures ou des musulmans, qui furent forcés d'adopter une identité chrétienne, soit par la force suite aux persécutions des Juifs par l'Inquisition espagnole ou portugaise, ou qui se convertirent de leur propre gré à la religion catholique après la Reconquista.
Nombre de Marranos poursuivant leurs traditions ancestrales, appelés crypto-juifs ou conversos, continuèrent à pratiquer leur judaïsme en secret, tout en professant publiquement le catholicisme.

Ces conversos auraient représenté plus de 100 000 individus dans l'ensemble de la Péninsule Ibérique au XVe siècle. Il furent également appelés "Cristãos Novos" (nouveaux chrétiens) au Portugal, Xuetes (Xua, un mot catalan faisant référence à la préparation à base de porc, que les Xuetes consommaient afin de prouver la sincérité de leur catholicisme) dans les Îles Baléares, et Anoussim (contraint est un terme générique pour les Juifs convertis par la force et il n'est pas spécifique à cette période).

Au Portugal, beaucoup d'entre eux conservèrent leurs rites dans la clandestinité jusqu'à nos jours. Privés de rabbinat, leur calendrier s'est christianisé. Sans contact depuis des siècles avec le reste de la communauté, certains, jusqu'à il y a peu, ignoraient leurs origines juives, et leurs pratiques religieuses mêlaient d'ailleurs éléments juifs et chrétiens. Ce fut le cas des communautés de Belmonte, un village situé au nord du district de Castelo Branco.
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MessageSujet: Re: JE SUIS UN MARRANE (UN JUIF OUBLIE)   Mer 10 Sep 2008 - 22:13

Les Juifs réfugiés à Belmonte, au Portugal, doivent eux aussi trouver un compromis : se convertir officiellement, tout en pratiquant leur religion en secret.

1492. Christophe Colomb "découvre" les Amériques, tandis qu'Isabelle et Ferdinand d'Espagne expulsent les Juifs autochtones, qui trouvent un temps refuge au Portugal. Un choix s'impose: rester, et se convertir, ou s'exiler et vivre librement sa foi. Les Juifs de Belmonte, eux, trouvent un compromis : se convertir officiellement, tout en célébrant leur religion dans le secret. Se développe alors, sur 500 ans, mille et une facons de dissimuler ses rites juifs, en les accomodant à la sauce du quotidien catholique...

Lorsque Isabelle et Ferdinand, rois très catholiques d’Espagne, prennent le décret d’Alhambra en 1492, ils jettent sur les routes des milliers de juifs, contraints à l’exil pour survivre. Certains trouvent refuge au Portugal, contre de fortes sommes d’argent. Mais le roi Dom Manuel qui souhaite épouser une fille des rois espagnols suit l’exemple de ses puissants voisins et ordonne à son tour l’expulsion, ou la conversion en 1496 et 1497. Des communautés vont alors officiellement embrasser la religion catholique. D’autres vont continuer à pratiquer la religion juive en secret.

Protégés par l’isolement des contrées intérieures, ces Marranes (ou juifs séfarades, d’Espagne) préservent rites et traditions juifs. Ils côtoient les chrétiens et les « nouveaux chrétiens » (juifs convertis au catholicisme), s’adaptent, font du commerce, se fondent dans l’anonymat et l’isolement. Jusqu’au début du XX ème siècle où leur présence sera révélée au grand jour. Il faudra attendre la fin de la dictature et la révolution de 1974 pour que ces communautés du centre et du nord du Portugal acceptent timidement de revenir vers le judaïsme traditionnel, en se convertissant. Aujourd’hui les Marranes portugais ne sont plus qu’une poignée. Les rites secrets sont en voie de disparition.

C’est aussi dans la région isolée des beiras que les juifs expulsés d’Espagne avaient trouvé refuge. Un temps protégé par le royaume portugais, ils ont dû ensuite choisir entre exil ou conversion. Cette solution n’a pas empêché les séfarades ou marranes à continuer à pratiquer leur religion en secret.

Pendant cinq siècles, les Marranes de Belmonte ont vécu leur croyance et leur foi dans la clandestinité, la pratiquant en cachette au risque de leur vie. Au musée juif de la ville, on conserve de précieux objets qui symbolisent l’art du secret et de la dissimulation. Comme cette étrange mezuzah qui renferme le texte sacré et qui d’habitude est fixé sur le chambranle de la porte d’entrée des demeures juives.

Ce n’est que dans les années 1930 que la communauté marrane de Belmonte ou crypto-juive fait l’objet d’une tentative de rapprochement avec l’orthodoxie juive. Mais l’époque est aux bruits de bottes. Belmonte se referme sur elle-même.

Ce n’est en fait qu’à partir des années 80 que les « nouveaux chrétiens » vont sortir de l’ombre et adopter la religion juive actuelle. Sous l’influence de riches mécènes marocains et nord américains, Belmonte se dote d’une synagogue en 1996. Pourtant, certains membres de la communauté continuent à pratiquer les anciens rituels.

" Aujourd’hui, cette religion juive secrète existe toujours à l’intérieur du monde juif actuel. Autrefois, elle survivait au sein du monde catholique. Mais de toute manière, il s’agit d’une religion cachée. Comment l’expliquer ? Et bien la raison, c’est la tradition du secret, une tradition transmise de génération en génération et qui a donné à ce crypto-judaisme sa force, son caractère sacré. Et le devoir de continuer à pratiquer en secret la Pâque juive, les prières et d’autres cérémonies".

deux vecteurs de survie de la communauté:
La fabrication du pain azyme, la tradition des bougies allumées le vendredi soir, l’interdiction de se marier hors de la communauté…quelques uns de ces rites ont perduré jusqu’à nos jours, parfois même dans l’ignorance de leur signification, en raison de l’assimilation et des conversions. Aujourd’hui encore, les juifs de Belmonte, commerçants habiles, restent très unis, soudés par des siècles de prudence.
Aujourd’hui, dans la région de Belmonte, ceux qui reviennent vers le judaïsme traditionnel prient en hébreu. Mais la difficulté de cette langue est souvent un motif de désintérêt pour les plus âgés et les plus humbles.
A Belmonte, y compris dans la communauté juive, on aime valoriser les bonnes relations qui ont prévalu entre chrétiens et Marranes.
:"Bien sûr l’inquisition a pris fin, mais la peur est restée. Oui, la peur est restée. Parce qu’ensuite, même après l’inquisition, il s’est encore passé beaucoup beaucoup de choses. Il y a eu la guerre. Ici, nous n’avons jamais subi de pression. Mais il y avait cette méfiance... Oui, la peur, qui nous vient de très très loin."
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je suis marrane



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MessageSujet: Re: JE SUIS UN MARRANE (UN JUIF OUBLIE)   Mer 10 Sep 2008 - 22:17

Un bon tiers de la population portugaise serait d’ascendance juive séfarade. Bien qu’ils aient perdu la trace de leur origine, les Portugais descendants ou non des conversos, les convertis ont adopté des coutumes culinaires qui mettent en évidence le génie de la dissimulation des ancêtres crypto-juifs.

Comme pour l’alheira une saucisse bien particulière" On prend de la poule, on coupe en tout petit morceaux, il faut mettre la graisse, on met de la graisse qu’on frit en même temps que la viande. Après il faut mettre du sel, à notre manière, mais aussi les épices et le poivre. On mélange tout. Puis on rajoute un peu de farine pour que ça prenne. De la farine de mais et de la farine de blé. Sinon il y a pas de consistance. Comme si c’était de la viande de porc. C’est comme ça qu’on fait l’alheira". L’alheira n’est autre qu’une saucisse kasher, communément utilisée dans le nord du Portugal.
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Liliane Abecassis



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MessageSujet: Re: JE SUIS UN MARRANE (UN JUIF OUBLIE)   Mer 10 Sep 2008 - 22:20

Bonjour ou plutot bonsoir!!
je suis tellement absorbee dans la lecture de votre article que mon travail s'en ressent!
je n'arrive meme plus a me concentrer et m'appliquer a faire mon travail!!
Mais quel plaisir!!
Cela en vraut vraiment la peine!!
Je pourrais attendre et le lire plus tard a la maison a tete reposee, mais c'est comme une drogue!!
Merci encore!!
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je suis marrane



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MessageSujet: Re: JE SUIS UN MARRANE (UN JUIF OUBLIE)   Mer 10 Sep 2008 - 22:21

Aujourd’hui, les communautés juives portugaises vivent au grand jour. Depuis une vingtaine d’années, le processus de retour vers Israël, que les Portugais nomment resgate, s’est étendu sous l’influence des rabbins.
Le cinéaste Jorge Neves, fondateur de l’association Ladina à Porto, où le mouvement de retour est le plus important, tient à marquer la différence : "On n’a jamais accepté la reconversion. Parce que ce serait renier notre passé historique. Et il n’en est pas question. On a obtenu qu’Israel reconnaisse qu’il y a toujours eu des juifs au Portugal, qu’ils vivaient cachés, mais qu’ils n’avaient jamais coupé les ponts, et qu’ils soient reconnus comme tels. Aujourd’hui, nous ne sommes plus marranes. Bien que moi et d’autres avec moi, nous assumions notre passé, notre héritage. Cette question du marranisme, c’est une chose très importante culturellement. Aux yeux des autres, des chrétiens, nous étions juifs, mais pour les juifs nous ne l’étions pas. Heureusement ,aujourd’hui on a pu dépasser ces barrières".

Contraints durant des siècles à la dissimulation, au silence, à une sorte d’errance intérieure, persécutés aussi, les juifs portugais vivent désormais librement leur religion. Seuls quelques marranes trop âgés pour accepter la circoncision, ou pour apprendre l’hébreu restent en retrait. Combien sont-ils ? Une centaine peut-être.

Dans moins d’une génération, la contre- culture que représente le marranisme portugais aura sans doute disparu. Pourtant, les tentatives de la faire revivre existent. Le travail des historiens ne fait que commencer.
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je suis marrane



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MessageSujet: Re: JE SUIS UN MARRANE (UN JUIF OUBLIE)   Mer 10 Sep 2008 - 22:24

Liliane Abecassis, bonsoir et merci je suis un marrane et personne ne connait notre histoire, j'espere que dans mes messages j'ai raconte un petit extrait de notre vie.
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Liliane Abecassis



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MessageSujet: Re: JE SUIS UN MARRANE (UN JUIF OUBLIE)   Mer 10 Sep 2008 - 22:33

Je peux vous garantir qu'a travers votre article j'apprends beaucoup de choses, et surtout a propos des prejuges dont nous souffrons et dont nous ne sommes pas conscients de la force de leur impact!!
Grace a votre curiosite et votre ouverture d'esprit, vous nous permettez de nous instruire sur un sujet, s'il n'est pas tabou, est pour sur evite!!
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issa
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MessageSujet: Re: JE SUIS UN MARRANE (UN JUIF OUBLIE)   Mer 10 Sep 2008 - 22:33

merci vasco de gama, c sympa de mavoir repondu! je sais que la plupart des pariente sont juif et essentiellement du nord du maroc, mais moi ce que je recherche c si je suis dorigine juive ou alors sil existe une branche Pariente Espagnole qui ne l'est pas ?.Et comment faire pour savoir cela! en tout cas merci encore Gama, et,n'hesitez pas a me contacter.voici pour ceux qui veulent mon adresse email: aissa33@live.fr
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Liliane Abecassis



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MessageSujet: Re: JE SUIS UN MARRANE (UN JUIF OUBLIE)   Mer 10 Sep 2008 - 22:41

En considerant le bon cote des choses, remercions le ciel pour l'evolution des evenements.
L'histoire des peuples, le prouve bien!!
Prendre conscience du changement manifeste de generation en generation, est la plus grande richesse que les peuples, quels qu'ils soient, puissent avoir!!
Le tout est de savoir profiter de notre heritage et en faire bon usage!
La cle est de transmettre son savoir!! Comme vous le faites si bien!!
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Larache
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MessageSujet: Re: JE SUIS UN MARRANE (UN JUIF OUBLIE)   Jeu 11 Sep 2008 - 7:07

pendant des heures, et des heures, j'ai lu et relu ce que "je suis marrane" a ecrit quel drame, quel drame, et dire qu'il y a 500 ans mes ancetre a Tolede ont du subir exactement la meme chose, vas savoir qui de nos ancetres, est reste en vie, qui a ete brule sur le bucher de l'inquisition, qui a ete expulse au Maroc, qui s'est converti et est devenu Marrane a lalala quelle tristesse,et ca fait si longtemps que les peuples ne savent pas tout ca, grace a cet article je comprend tant de chose.
merci j'ai entendu parler par des amis sur la vie des marranes a Belmonte au Portugal.
bonne journee a tous et merci encore pour cet article.
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Moris Dadon
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MessageSujet: Re: JE SUIS UN MARRANE (UN JUIF OUBLIE)   Jeu 11 Sep 2008 - 7:57

BONJOUR TLM......

RIEN A DIRE CES ARTICLES NOUS PROUVENT ENCORE UNE FOIS COMBIEN NOUS NE SAVONS RIEN OU PRESQUE RIEN SUR NOS ORIGINES VRAIES OU PAS.

CI-JOINT SITES A LIRE:

[url]
http://sionisme.xooit.com/t7300-LES-MARRANES.htm

[url]
http://www.temps-marranes.info/article_0_1.html#1

[url]
http://fr.wikipedia.org/wiki/Marranes
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Merche
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MessageSujet: JE SUIS UN MARRANE (UN JUIF OUBLIE)   Jeu 11 Sep 2008 - 8:13

Merci pour cet article tres interessant.
Hazak u Baruj J'ai toujours ete interessee par l'histoire de nos freres anoussim (conversos).Je fais parti d'un groupe d'internaut qui sont en grande majorite anoussim. Il n'y a pas tres longtemps j'ai fait un peu de recherche sur les conversos de Mallorque Les Chuetas, quand j'ai decouvert que l'un de mes amis z'l etait de descendance Chueta.
Je vous souhaite une integration rapide en Israel, et prie le Tout Puissant qu'Il facilite, la recognition comme Juif, de tellement de Anussim, a qui ont fait des problemes.
PS Les Anussim trouvent que le mot marrano est pejoratif et n'aime pas l'utiliser.
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Soly Anidjar
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MessageSujet: Re: JE SUIS UN MARRANE (UN JUIF OUBLIE)   Jeu 11 Sep 2008 - 14:45

Woua je n'ai jamais entendu parler des Chuetas, je savais que les convertis de force etaient des Anoussims, des marranos, des marranes, des Nouveaux chrétiens, des conversos et des cryptos juifs.

cet article est tres tres triste, et dire que ca c'est passe en Europe, le continent le plus "moderne",le plus "tolerant" mais ou se trouvaient tous les autres pays tous les autres continents, comment peut-on masacrer, bruler, expulser, convertir, tuer, sans limite comme si on va au theatre ou on mange un bon repas...................

Il y a des annees, je suis sorti pendant un an avec un marrane du Portugal, il portait les noms Cardozo et De Sylva de son pere et Pinto de sa mere (les 3 noms sont juifs) il voulait tenter sa chance en Israel, il etait ingenieur, il n'etait ni juif, ni chretien, ni rien il n'avait pas de religion, il croyait tres fort en D. et c'est tout, c'est par lui que j'ai su sur les marranes de Belmonte au Portugal.


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MessageSujet: Re: JE SUIS UN MARRANE (UN JUIF OUBLIE)   Jeu 11 Sep 2008 - 18:37

Le livre des marranes de Belmonte, je vais le scanner pour vous en entier, merci a tous ceux qui m'ont ecrit.

Je suis heureux de savoir que mon message est passe, n'oubliez pas s'il vous plait les "anciens" juifs comme moi.
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Liliane Abecassis



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MessageSujet: Re: JE SUIS UN MARRANE (UN JUIF OUBLIE)   Jeu 11 Sep 2008 - 18:59

Je Peux vous assurer que vous ne serez jamais oublie!!
Certainement pas apres cet article!!
Transmettre et partager son savoir!!
Rien de tel pour abolir l'ignorance!!
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je suis marrane



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MessageSujet: Re: JE SUIS UN MARRANE (UN JUIF OUBLIE)   Ven 12 Sep 2008 - 8:33

Bonjour

voici comme promis un album du photographe et cinéaste, Frédéric Brenner, sur les marranes de Belmonte au nord-est du Portugal. Textes de Yosef Hayim Yerushalmi.

Ce livre est depuis peu épuisé

Frédéric Brenner a filmé leurs rituels, conservés malgré cinq siècles de clandestinité dans le petit village de Belmonte (Nord-est du Portugal). Cet album reprend la démarche du documentaire.

C'est un ingénieur polonais, Samuel Schwartz, venu à Belmonte pour diriger une exploitation minière, qui a découvert en 1917 l'existence de cette communauté "cryptojudaïque". Les descendants de ces familles juives qui avaient dû se convertir au christianisme au XVe siècle, vivent encore pour certains d'entre eux dans le quartier de Marrocos de Belmonte. Certains ont depuis repris pleinement possession de leur judaïté, une synagogue a réouvert.

Le mot marrane (« porc » en espagnol) est un terme volontairement offensant, désignant en Espagne et au Portugal les juifs convertis et leurs descendants, à partir du XVe siècle. La particularité du marranisme (unique au monde selon Cecil Roth), c'est que les rites du judaïsme été transmis clandesinement de génération en génération durant cinq siècles.

« La région autour de ce petit bourg de montagne au nord-est du Portugal garde les souvenirs et les traces des bûchers et des tortures. Les siècles et les persécutions n'ont pas eu raison de ces "miraculés de l'Inquisition", de leur judaïsme cultivé à l'abri des regards, dans le secret des maisons, derrrière des volets bien clos. Aujourd'hui, il en reste une centaine. A travers des usages et des pratiques souvent réduits à des coutumes domestiques dont la signification est généralement perdue, ils témoignent de la nécessité pour l'homme de préserver sa singularité. Emilia a accepté de refaire en famille les gestes du rituel transmis par des générations de femmes, gardiennes de la foi interdite. Un document étrange et émouvant. »
Je vous mettrais les prières traduites du portugais et présentées par Inácio Steinardt.
En 1500, au moment même où Cabral découvrait le Brésil, 100 000 juifs portugais furent sommés de choisir entre la conversion au catholicisme et l'exil.
Ils se sont convertis en masse, mais la plupart d'entre eux continuèrent à judaïser en secret, au péril de leur vie.
Ceux-là, les chrétiens les appelaient les Marranos, c'est à dire les porcs.
Ayant accepté le baptême, les Tribunaux de l'Inquisition les considéraient comme hérétiques et les traquèrent sans relâche de 1536 à 1760.
Les Marranes ont tous disparu du Portugal. Tous, sauf ceux de Belmonte, une centaine de personnes, qui aujourd'hui, continuent à pratiquer en secret ce judaïsme clandestin, vieux de cinq siècles.


Le documentaire de Frédéric Brenner et Stan Neumann Les derniers Marranes a été produit en 1989.
Venez nous allons vivre avec ses marranes pendant toute la lecture du livre.

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MessageSujet: Re: JE SUIS UN MARRANE (UN JUIF OUBLIE)   Ven 12 Sep 2008 - 8:39


Yosef Hayim Yerushalmi


Historien américain, spécialiste de l'histoire du judaïsme

Y.H. Yerushalmi est professeur à l’université Columbia, où il occupe la chaire S. W. Baron d’histoire, de culture et de société juives et où il dirige le Centre d’études juives et israéliennes.

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MessageSujet: Re: JE SUIS UN MARRANE (UN JUIF OUBLIE)   Ven 12 Sep 2008 - 9:08

Quand l’Inquisition arriva également au Portugal, les Juifs du pays durent se faire baptiser par contrainte s’ils ne voulaient pas finir sur le bûcher. Des milliers de ces prétendus néo-chrétiens ou Marranes s’enfuirent à l’avenir devant les sbires de l’église vers l’impraticable Portugal du Nord : car, même baptisés, ils pouvaient risquer leur vie. Là, en secret et dans une angoisse constante, ils restèrent attachés à leur ancienne religion – jusqu’à maintenant. Un voyage chez les derniers Marranes de Belmonte.

Benditos sejas, Tu, Adonai, nosso Deus, Rei do Universo… » Béni sois-tu, Adonai, notre Dieu, roi de l’univers. On dit qu’il n’y a que des Juifs qui habitent à Belmonte. Tout le nord du Portugal est la « terre des Juifs », est surnommé de temps immémorial terra de judeus et est discriminé dans le monde car, ici, vivent des gens d’aujourd’hui avec des âmes d’autrefois.

Lorsque l’on part de Lisbonne, des chemins fréquentés vers ceux non tracés, l’on passe d’un monde familier vers un monde étranger. L’ignorance y régna pendant 500 ans. Car Belmonte est située derrière les montagnes, au bout du monde, derrière le temps. Ici, où la croyance est plus fougueuse, plus pesante, la haine plus passionnée, vivent des hommes qui, élevés dans le Christianisme, s’étaient attachés a quelque chose qui, au cours des siècles, leur avait glissé des mains, mais non de leur souvenir. Malgré, ou justement à cause des trois siècles d’Inquisition qui anéantirent des familles entières, qui firent des courageux des lâches, des instruits des ignorants, qui repoussèrent le Portugal au Moyen-Age, lorsque le pays s’apprêtait à fonder un nouveau monde. Des milliers de Juifs baptisés par contrainte, que l’on appela les « néo-chrétiens » ou « Marranes », s’enfuirent autrefois des villes pour gagner les montagnes qui leur accordaient une protection contre la persécution. Ils mirent la clé sous la porte de leurs maisons de Lisbonne, vendirent leurs commerces à Coimbra ou quittèrent les cloîtres d’Evora. Ils se mirent en route vers le Nord, vers Tras-os-Montes, vers la Beira Baxia, leurs pieds sentant toujours l’odeur de feu des bûchers. Avec les années se sont effacés le souvenir de leurs maisons, de leurs commerces, leurs traces dans les cloîtres. De la vie juive, il ne resta qu’une pâle et indistincte certitude. Mais avec opiniâtreté, ils manifestèrent leur fidélité à leur foi dans le seul Dieu. Dans les siècles pendant lesquels ils vivèrent comme Chrétiens parmi les Chrétiens, la Tora s’érigea toujours derrière le Nouveau Testament. Même dans l’église, ils prient encore en silence aujourd’hui leur Dieu : « je n’entre pas dans cette Maison pour adorer le bois ou la pierre , mais pour vénérer Dieu qui nous régit et ses 73 noms ».

Ils ne furent que quelque-uns à quitter le pays, à aller à Amsterdam, Hambourg, Livourne, ou Londres, où ils retrouvèrent le Judaïsme ou continuèrent de vivre en tant que Chrétiens…

Une rue principale allongée, des maisons à un et deux étages, une place, un château-fort s’offrent à la vue de l’étranger entrant dans la ville. En face de lui, l’Eglise Saint Jacques. Impossible de ne pas remarquer les armes glorieuses sur les maisons blanchies et les manoirs recouverts de tuiles romaines. La ville est protégée par la statue d’un vert patiné du navigateur Pedro Alvares Cabral ; il porte une énorme croix dans la main sur laquelle est inscrit : Pays de la Croix du Salut. C’est sous la protection de cette croix que les habitants de la ville vont vaquer à leurs affaires quotidiennes. A l’écart de la rue principale, l’étranger se perd dans des ruelles larges comme un mouchoir de poche. Ici, des enfants jouent dans la boue, un cafetier s’adosse à sa tasca noircie ; des femmes habillées tout de noir, trapues et les bras toujours couverts, évitent le regard de l’étranger et disparaissent furtivement dans les maisons. Et, comme partout au Portugal, des hommes âgés se traînent dans l’oisiveté. Belmonte est une ville triste.

Je comprend alors qu’ici, la tristesse est quotidienne et que le quotidien est triste. Il fait froid maintenant, le vent hurle impitoyablement à travers cette ville aux pieds de la Serra da Estrela. Cela fait des jours qu’il pleut. « Hoje nasceu algum Judeu », explique l’un des vieux en ricanant. A chaque fois que le vent hurle, il naît un Juif, racontent les gens d’ici.
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MessageSujet: Re: JE SUIS UN MARRANE (UN JUIF OUBLIE)   Ven 12 Sep 2008 - 9:13

Que l’on pénètre dans cette ville sans guide et l’on est déjà perdu. Les maisons sont ouvertes mais le secret n’est pas dévoilé. On ne remarque pas les étrangers, on ne les évite même pas. Le silence est impitoyable, la marginalisation sans pitié. « Uma casa sim, una casa nao ». Ici vivent les uns, ici vivent les autres. Les autres – ce sont toujours les Juifs qui, pourtant, vont à l’église avec eux, ont été baptisés et sont enterrés au cimetière. Dans ce nord délaissé par Dieu, il y avait des églises ; c’est alors qu’une corde, uma corda divisa la communauté en deux moitiés et les fidèles en « vieux » et « néo-chrétiens ». Dans le nord du pays, les églises ont supprimé la corde, mais il existe toujours des milliers judeus da corda.

Les Marranes ne se marient-ils qu’entre eux ?

Demandai-je à Senhor Antonio, avec lequel j’ai rendez-vous. « Du vivant de mon père, sim Senhor, nous étions encore tous purs, todos eram puros dos quatro costados, les parents, les grands-parents, personne n’aurait osé épouser uma goia, une non juive. Personne. Dit-il. Il est membre de la nouvelle communauté juive de Belmonte qui professe son ancienne croyance. Puis nous nous mettons en route. Dans la Rua das Lajes, avait été érigée a esnoga, la synagogue, qui servit d’église aux catholiques, après le baptême contraint du 16ème siècle. Elle fut abattue il y a cent ans et aujourd’hui plus rien ne rappelle les chrétiens qui y prièrent et expulsèrent sur une pierre datant de l’année de 1297 est encore le témoin de la foi des expulsés : « Dieu est dans son temple sacré et tout le monde se tait devant lui ».

Ce vide crée une impression de désolation, même si les Juifs de Belmonte possèdent à nouveau depuis peu une toute petite esnoga . Les Marranes continuent d’aller à l’église. Pour défier les cordes invisibles.

En silence, nous entrons dans le cimetière. Leurs croix juxtaposée, les pierres tombales des défunts s’alignent de façon bien ordonnée. Nés dans la foi chrétienne, enterrés comme chrétiens : les Mouares, Diogos, Caetanos, Vaz et Sousas. Leurs parents les appelèrent Daniel, Moïses, Tobias ou Rafael, Judite, Amalia, Leonor, Elisa ou Ester. Pour ne citer que quelques noms. Ici tout le monde est parent avec tout le monde. Ici reposent des « néo-chrétiens », cristaos, novos, qui ne vécurent pas selon la loi juive – qu’ils avaient oubliée au cours du temps – et pas selon la doctrine catholique – qu’ils méprisaient. Ils reposent jusque dans l’éternité en face des « vieux » Chrétiens qui les traitaient, du temps de leur vivant et façon méprisable, de chiens, perros ou salmenteiros, de psalmistes eux-mêmes appelés par les « néo-chrétiens » gôlos (goys), non juifs. Une croix surveille leur paix catholique et, quelquefois, une étoile de David, leur paix juive. Leurs pierres tombales sont sans ornement, comme s’ils ne voulaient pas que la mort leur rappelle leur vie. Uniquement un « saudade de… » "dedicace de la part de..." ou la date de naissance ou de décès. Le silence est toujours une arme des survivants.

L’angoisse accompagne les Marranes depuis leur naissance jusqu’à leur mort, même de nos jours. Ils prient pour implorer la protection de D.ieu, contre les dangers. Et lorsque leurs enfants demandent qui il sont, alors on leur répond par une ancienne prière : « Une Juive qui resta dans ce monde t’engendra. Elle t’enseigna ce qu’elle savait, mais ne put t’enseigner comme il est écrit ». Lorsque nous quittons le cimetière, je dépose sur une tombe une petite pierre que j’ai rapportée de la Terre Sainte."Israel" Saudade de…

Ces Marranes savent-ils quelque chose des Belmontais d’Amsterdam ou de Hambourg ? Connaissent-ils l’histoire du noble « néo-chrétien » Sampayo qui fut investi au 16ème siècle de la ville de Belmonte et dont ils descendent tous, les diplomates et les poètes d’Amsterdam, le député des citoyens de Hambourg Solomon Abendana Belmonte et les frères Belmonte qui décédèrent dans le camp de concentration de Hamboug-Fuhlsbüttel ? Ont-ils entendu parler de Dom Antonio le prieur de Crato, fils d’une Marrane, qui fut couronné roi du Portugal et perdit sa couronne au profit de Philippe II d’Espagne ? Leur a-t-on raconté le destin de leurs coreligionnaires dans le lointain Hambourg qui là, sous le nom de Hinrichsen (Henriques), Albers (Alvaro) ou Schönberg (Belmonte), devinrent des citoyens estimés, des banquiers couronnés de succès, des médecins, des armateurs des éditeurs, et fondèrent ensemble au 17ème siècle la Banque de Hambourg ? Lorsque plus tard, je demande aux vieux hommes dans la rue à quoi l’on reconnaît les Marranes, ils me répondent en riant, un peu embarrassés, mais tout de même aimables : nous les connaissons, ils ont la suprématie du commerce et, à Covilha, de la draperie. Ils sont les premiers sur les foires. Ils vendent de la cotonnade indienne, des étoffes et des frusques. Ils sont presque tous riches. Non, pas riches, mais ils ont plus que nous. Et puis, ils sont différents. Ils se tiennent à l’écart. Même s’ils vont à l’église : ce ne sont pas des catholiques. Ils ne viennent que pour le baptême, le mariage ou pour l’enterrement. Ils ne savent que très peu de notre région.
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MessageSujet: Re: JE SUIS UN MARRANE (UN JUIF OUBLIE)   Ven 12 Sep 2008 - 9:19

Combien donc de Marranes vivent alors à Belmonte et dans la Beira Baixa, demandai-je. Ils se taisent. « Nous n’avons pas de chiffres exacts », me dit-on également à la mairie. « Nous avons plus de 100 Juifs. Des Marranes ? Ils continuent de se faire passer pour des catholiques. Peut-être deux cents, peut-être trois cents. Ils sont marchands, commerçants, ils ne travaillent jamais dans l’agriculture. Ici, il n’y a pas de Juifs pauvres, bien au contraire ».

Ils travaillent dur parce qu’ils ont peur, me dira plus tard le nouveau rabbin Joseph Sebag. Parce qu’ils ont peur, ils ménagent leur argent. Puis il me lit un extrait d’une prière de nuit : « Si je suis bien couvert, je n’ai pas peur, et je ne crains pas les étrangers ». Ils sont étrangers et pourtant, ils vivent en coexistence, porte à porte, depuis des siècles. Mais déjà des croix gammées annoncent des temps nouveaux ; depuis quelques mois, circule le « procès-verbal des sages de Sion ». Belmonte est considérée comme la « Jérusalem de Beira Baixa » par les antisémites. C’est là que les Juifs de la terre se réunissent, disent-ils, « pour régner sur le monde ». Lorsque je m’apprête à parler avec ceux qui, soit-disant, gouvernent le monde, je ne tombe que sur ceux que le monde a oubliés et qui, au cours du temps, oublièrent les commandements. Ceux qui ne savent pas d’où vinrent leurs familles, qui ne connaissent pas leur ancien nom en hébreu. Dans les siècles qui suivirent le baptême, contraint, le caractère païen et chrétien s’allia avec le caractère juif. A l’âge de trois ou quatre ans, on leur apprend qu’ils sont juifs, bien avant d’être traités comme tels par les autres.

A l’âge de neuf ans, ils apprennent à observer les jours de jeûne. Surtout le Yom Kippour, qu’ils appellent la grande fête. Dans les petits villages et les villes du nord, de petites étoiles de David ornent également le dessus des entrées des maisons de ceux qui, ayant épousé des « vieux Chrétiens », ne font pas partie du monde des Marranes et qui, comme allant de soi, barricadent les portes de leurs magasins le jour de Yom Kippour. Ils abandonnèrent la circoncision traîtresse, mais ils continuèrent de tailler aujourd’hui les cimes de certains arbres dans le nord du pays car il est écrit qu’il faut tailler les arbres. Et comme ils ont oublié quand on célèbre la fête de Pessah, ils la fêtent avec les Pâques chrétiennes. Lorsqu’une personne est à l’article de la mort, les parents se rendent toutes les nuits dans la chambre de l’agonisant pour lui faire ses adieux. Puis, ils lui coupent les ongles des mains, et les cheveux, les enveloppent dans du papier, ajoutent un peu de pain et une monnaie d’argent et lui montrent. S’il finit par mourir, ils illuminent la chambre mortuaire avec une lumière éclatante, et ce pendant 9 jours.

« Non, le Juif ne meurt pas », m’explique plus tard José Vito, étudiant en ethnologie à Lisbonne. « Ils le tuent. Ils l’étranglent ». Il se passe des choses terribles dans les maisons des Marranes ! Des meurtres. Des meurtres rituels qui répètent ceux des « néo-chrétiens ». D’après ce que l’on raconte à Belmonte, la famille du défunt appelle l’abafador, l’égorgeur, qui étrangle le mourant avec un drap. Ce soir-là, je lis dans la petite pension une histoire de Michel Torga ayant pour personnage Alma-Grande, l’un des serviteurs de Moïse, un habitant du village Riba Dal, et qui est chargé, en tant qu’abafador, de mettre un terme aux souffrances de ce monde….

La nuit, chuchote-t-on à Belmonte, quand les Chrétiens dorment, les Marranes se réunissent dans leurs maisons, ferment les fenêtres, barricadent les portes. Des paroles incompréhensibles s’échappent alors de leurs demeures. Ils prient leur D.ieu, qui n’est pas le nôtre. L’inquisition est passée à côté de notre ville, soit, mais rien n’a échappé aux yeux et aux oreilles des catholiques. On sait que les Marranes survécurent par dizaines de milliers, dans le pays derrière les montagnes . L’exercice de la religion devint le domaine des femmes. Comme elles ne quittaient pas la maison pour gagner leur vie, elles pouvaient garder le secret. Elles transmirent oralement les rituels, elles développèrent de longue prières, pour leurs enfants et les enfants de leurs enfants. Sans Tora, qui était défendue , sans bible qu’elles ne pouvaient de toute façon pas lire. Jusqu’à maintenant. Un rabbin d’Italie les vénéraient au dix-septième siècle comme « femmes pieuses du Portugal ». Jusqu’à il y a peu de temps, ces rezadeiras judaicas, prêtresses juives, croyaient que les Marranes avaient été les seuls à avoir échappé à l’Inquisition, elles étaient persuadées être les derniers Juifs de la terre. Une vieille femme, Dona Judite, le sait exactement. Moïse guida les Juifs hors d’Egypte à l’époque de l’Inquisition. Et Belmonte compte l’unique communauté juive dans le monde .
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MessageSujet: Re: JE SUIS UN MARRANE (UN JUIF OUBLIE)   Ven 12 Sep 2008 - 9:24

Les Marranes, oui, ils avaient tenu le coup. Ils avaient résisté.

« Ils se tiennent les coudes » m’explique le rabbin Sebag. Si l’un d’eux est en difficulté, la famille l’aide. Ils se marient presque exclusivement entre eux. Ils ne prennent pas part à la vie des autres, ne font pas partie du corps des pompiers volontaires, de la musique. A Pâques et les dimanches suivants, ils se rassemblent sur les rives des fleuves et sous les arbres. Sur la rive, ils battent l’eau avec un rameau d’olivier et rappellent ainsi la traversée de la Mer Rouge. Les « vieux Chrétiens » appellent ces assemblées Festa do Espinheiro, la fête du buisson épineux. Car D.ieu apparut à Moïse sur le mont Sinaï (en hébreu, buisson épineux). Ils vont dans les champs, dansent autour du buisson épineux et le battent jusqu’à ce qu’il soit détruit.

Le vendredi, les femmes se rassemblent à la maison pour préparer le « cierge du Seigneur », un morceau de lin trempé dans de l’huile d’olive. Ce sont des mèches de sept fils qui ont été fabriquées par des personnes spécialement initiées. Ensuite, la mèche est posée dans un pot, comme aux temps de l’Inquisition, quand ils étaient alors obligés de cacher leur croyance juive devant les espions. Triste et la tête baissée, les femmes sont assises ensemble, penchées les unes au-dessus des autres, tels des chaumes oubliés. La rezadeira,(la prieuse) celle qui prie, couvre son visage d’un drap de toile blanc. Puis, dirigeant son regard vers l’est, elle cache ses yeux dans ses paumes et récite tout haut une prière que les autres reprennent à voix basse. Ces femmes ne veulent pas redevenir juives, mais rester marranes. Le secret de leur histoire est devenu un rituel de leur religion.

Depuis quelques temps, il y a un rabbin à Belmonte. L’on a fait une collecte pour la construction d’une grande synagogue. Ce lieu actuel n’est plus assez grand pour offrir une place suffisante au nombre croissant de Marranes qui désirent être admis dans le Judaïsme.

Les Juifs de Belmonte ne sont donc plus aujourd’hui une nouveauté qu’il s’agit de tenir secrète. Les natifs du pays savent déjà ce qu’ils vont raconter aux étrangers venus à Belmonte pour « découvrir les Marranes ». Des bréviaires avec des lettres romaines et des mélodies que le rabbin marocain Joseph Sebag leur a apprises ont été spécialement imprimés pour les « nouveaux » Juifs. Le nouveau rouleau de Tora venu d’Allemagne fut porté 7 fois autour de la teva, la chaire, à la fin du shabbat et en présence de tous les jehedim revêtus de façon cérémonieuse, et accompagné de danses et chants – tout comme autrefois à Amsterdam ou Hambourg où les Marranes, au 17ème siècle, retrouvèrent le judaïsme.


Belmonte est une petite ville oubliée dans le nord-est du Portugal. A peine trois mille habitants, une rue principale, une église, un château-fort. L’on est bon catholique, comme partout dans le pays. Et l’on rencontre l’étranger avec méfiance. Depuis trois générations, des linguistes et des ethnologues, des cinéastes et des journalistes viennent dans la ville pour étudier la langue et la vie des Marranes. Les Marranes et les chrétiens en sont maintenant presque fiers, même si une corde invisible les sépare toujours les uns des autres.

Michaël Studemund-Halévy
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MessageSujet: Re: JE SUIS UN MARRANE (UN JUIF OUBLIE)   Ven 12 Sep 2008 - 11:39

Chers amis en attendant de voir l'album photo de je suis marrane voci un livre scanne par Robert Bobby Azoulay de Paris specialement pour moi, merci mille fois Bobby, Bobby est mon camarade de l'ecole d'Anfa, nous habitions a la rue du Commissaire Ladeuil,ses parents avaient la villa Lynda a cote de l'ecole d'Anfa j'ai habite le quartier Anfa de 1956 jusqu'en 1960, moi je suis partie au quartier La fonciere et lui est reste.


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MessageSujet: Re: JE SUIS UN MARRANE (UN JUIF OUBLIE)   Ven 12 Sep 2008 - 11:40



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MessageSujet: Re: JE SUIS UN MARRANE (UN JUIF OUBLIE)   Ven 12 Sep 2008 - 11:41



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MessageSujet: Re: JE SUIS UN MARRANE (UN JUIF OUBLIE)   

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