HISTOIRE DES JUIFS DU MAROC PAR SOLY ANIDJAR

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 QUARTIER BOUSPIR A CASABLANCA

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Soly Anidjar
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MessageSujet: QUARTIER BOUSPIR A CASABLANCA   Mar 10 Juil 2007 - 2:17

QUARTIER BOUSPIR A CASABLANCA

C'était l' époque où cohabitaient dans ces peu romantiques lupanars musulmanes et juives derrière de hautes enceintes et d'épaisses portes, à travers lesquelles il nous arrivait de jeter un coup d'oeil furtif. Le "quartier réservé" était situé juste au dessus de la kissaria Haffari, à quelques encablures de l'école primaire Mohammedia, et quatre fois par jour nous en longions les murs... La maison de M. Prosper, le "bousbir" des casablancais, a fermé en 1953 , aprés avoir survécu plus de 7 ans à la loi Marthe Richard abolissant les maisons closes en métropole.


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MessageSujet: Re: QUARTIER BOUSPIR A CASABLANCA   Jeu 29 Nov 2007 - 23:12

Le quartier Bousbir à Casablanca est plein de vendeurs à la sauvette convertis en pharmaciens ambulants. La plupart des produits sont périmés ou proches de leur date de péremption. La cible de ce commerce est constituée essentiellement de démunis et d’analphabètes âgés, ce qui explique le laxisme lors de l’achat. Mais ce qui est alarmant, c’est la source d’approvisionnement. “Les éboueurs nous vendent tout ce qu’ils récupèrent et nous faisons le tri après coup”, souligne un vendeur à la sauvette au quartier Bousbir.
“Nous pouvons même vendre des comprimés au détail à 1 DH”, précise un quinquagénaire qui propose de l’Aspro et des pommades de rhumatisme fabriquées à Barcelone. Là encore, les produits algériens arrivent en force et ils sont… très prisés. “Il paraît qu’ils sont plus efficaces que les nôtres”, souligne un client qui cherche des fortifiants. Et c’est sur l’argument de l’efficacité que jouent les revendeurs de produits algériens. Mais ce qui est demandé le plus, ce sont les psychotropes, ajoute un jeune. Selon un rapport de la Chambre de commerce d’Oujda, les médicaments en provenance d’Algérie représentent 65% du total des médicaments de la contrebande.


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MessageSujet: Re: QUARTIER BOUSPIR A CASABLANCA   Jeu 29 Nov 2007 - 23:23

À titre d’exemple, le mot “buzbiriya” (fille de Bousbir) ne pouvait exister avant l’implantation, à Casablanca au début du XXe siècle, du premier quartier réservé portant ce nom. La Prostitution à Casablanca n'est pas un document de plus sur la période du Protectorat français au Maroc, exaltant l'exotisme et le pittoresque, et un de leurs avatars : la prostitution.

Il s'agit d'une enquête ethnographique réalisée en 1949 et 1950 par deux médecins, Jean Mathieu et P-H. Maury, dans le cadre d'une enquête plus vaste, dirigée par Robert Montagne, qui a donné lieu à la publication de l'ouvrage Naissance du prolétariat marocain. Les auteurs décrivent la prostitution au plus proche du vécu des prostituées. Ils traitent de la prostitution en tant que fait économique et l'inscrivent dans le champ des relations sociales et des dynamiques de changement qui caractérisent alors la société marocaine. Avec des récits de vie, des données statistiques, des photographies, l'objectif est de proposer une large couverture des différentes dimensions de la vie sociale, matérielle, sexuelle... de la prostituée. Ce travail inédit pourra faire écho à d'autres recherches menées aujourd'hui au Maroc ou dans d'autres sociétés concernées par l'exercice de la prostitution.


Sommaire :



Historique du quartier réservé de Bousbir
Vie de la prostituée avant son émigration au quartier réservé
Causes de la prostitution
Prostitution clandestine, prostitution surveillée
Vie de la prostituée marocaine à Bousbir
Alimentation de la prostituée
Tabac et kif
Le vêtement de la prostituée
Soins de beauté, fards et tatouages
Le budget de la prostituée marocaine
Caractéristiques essentielles de la prostitution surveillée
Technique de la prostituée
L'initiation sexuelle chez la prostituée marocaine
Hygiène au cours des rapports sexuels
Le client de la prostituée
La prostituée et la société marocaine
Données statistiques concernant l'activité du dispensaire des filles soumises

VOICI LE LIVRE






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MessageSujet: Re: QUARTIER BOUSPIR A CASABLANCA   Jeu 29 Nov 2007 - 23:28

http://www.bibliomonde.com/livre/bousbir-prostitution-casablanca-la-2615.html

COMMENT ACHETER LE LIVRE


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MessageSujet: Re: QUARTIER BOUSPIR A CASABLANCA   Jeu 29 Nov 2007 - 23:33



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MessageSujet: Re: QUARTIER BOUSPIR A CASABLANCA   Ven 30 Nov 2007 - 0:10

ces photos appartiennent a Sylvain Elbaz il me les a envoye il y a juste 2 ans.



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MessageSujet: Re: QUARTIER BOUSPIR A CASABLANCA   Ven 30 Nov 2007 - 0:11



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MessageSujet: Re: QUARTIER BOUSPIR A CASABLANCA   Ven 30 Nov 2007 - 0:14



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MessageSujet: Re: QUARTIER BOUSPIR A CASABLANCA   Ven 30 Nov 2007 - 0:15



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Bouspir
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MessageSujet: Bouspir   Sam 8 Mar 2008 - 20:48

Soly ton article sur le quartier Bouspir est extraordinaire car les jeunes d'aujourd'hui ne savent rien de ce quartier qui n'existe plus.
En 1935 Maurice Chevalier chantait une chanson la voici pour vous
Prosper (Yop la boum)
Quand on voit passer le grand Prosper
Sur la place Pigalle
Avec son beau petit chapeau vert et sa martingale,
A son air malabar et sa démarche en canard
Faut pas être bachelier pour deviner son métier

Prosper yop la boum
C'est le chéri de ces dames
Prosper yop la boum
C'est le roi du macadam
Comme il a toujours la flemme
Y n'fait jamais rien lui-même
Il a son "Harem"
Qui de Clichy à Barbés
Le jour et la nuit sans cesse
Fait son petit business
Et le soir, tous les soirs
Dans un coin d'ombre propice
Faut le voir, faut bien l'voir
Encaisser les bénéfices
Il ramasse les billets
Et leur laisse la monnaie
Ah quel sacrifice
En somme c'est leur manager
Et yop la boum, Prosper !
Avec sa belle gueule d'affranchi
Là-haut sur la butte
Ah ! toutes les gonzesses sont folles de lui
Et se le disputent
Y en a qui s'flanquent des gnons
Mais oui ! et se crêpent le chignon
Pendant c'temps voyez-vous
Tranquillement il compte les coups

Prosper yop la boum
C'est le chéri de ces dames
Prosper yop la boum
C'est le roi du macadam
Quand une femme se fait coincer
Par les roussins du quartier
Il la laisse tomber
Et il s'en va carrément
Vers son réassortiment
Dans l'arrondissement
Et quand sur le champ
Elles ne sont pas à la page
Voulant faire comment
Faire leur apprentissage
Dans une ville de garnison
Il les envoie en saison
Faire un petit stage
Il a de la classe et du flair
Et yop la boum, Prosper

Et yop la boum...
Yop la boum...
Dans une ville de garnison
Il les envoie en saison
Faire un petit stage
Il a de la classe et du flair
Et yop la boum, Prosper
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MessageSujet: Re: QUARTIER BOUSPIR A CASABLANCA   Dim 9 Mar 2008 - 9:59

La Prostitution à Casablanca n'est pas un document de plus sur la période du Protectorat français au Maroc, exaltant l'exotisme et le pittoresque, et un de leurs avatars : la prostitution.
Il s'agit d'une enquête ethnographique réalisée en 1949 et 1950 par deux médecins, Jean Mathieu et P-H. Maury, dans le cadre d'une enquête plus vaste, dirigée par Robert Montagne, qui a donné lieu à la publication de l'ouvrage Naissance du prolétariat marocain. Les auteurs décrivent la prostitution au plus proche du vécu des prostituées. Ils traitent de la prostitution en tant que fait économique et l'inscrivent dans le champ des relations sociales et des dynamiques de changement qui caractérisent alors la société marocaine. Avec des récits de vie, des données statistiques, des photographies, l'objectif est de proposer une large couverture des différentes dimensions de la vie sociale, matérielle, sexuelle... de la prostituée. Ce travail inédit pourra faire écho à d'autres recherches menées aujourd'hui au Maroc ou dans d'autres sociétés concernées par l'exercice de la prostitution.
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MessageSujet: Re: QUARTIER BOUSPIR A CASABLANCA   Dim 9 Mar 2008 - 10:06

Abdelmajid Arrif a eu l’excellente idée de dépoussiérer un document d’ethnographie du Maghreb colonial
portant sur un sujet marginalisé, voire occulté, par les études d’anthropologie. Les anthropologues
de la période postcoloniale l’ont négligé et les contemporains commencent à peine à réparer l’oubli1.
Avec une telle initiative, Abdelmajid Arrif se livre à un exercice doublement périlleux ; car évoquer la
prostitution et son histoire, c’est se frayer un chemin hors des sentiers battus, mais aussi réhabiliter
une partie de la littérature ethnographique coloniale. Le faire à partir du terrain marocain ne peut
être ni fortuit ni anodin quand on est soi-même d’origine marocaine. Parler de la prostitution et de
son histoire, un demi-siècle environ après les indépendances des pays du Maghreb, est également
une profonde interrogation du présent, quand un tel phénomène constitue une des tristes réalités
des grandes villes maghrébines d’aujourd’hui.
Avant une longue et édifiante présentation, une note préliminaire d’Abdelmajid Arrif nous prévient que,
à part « une légère intervention sur la forme », le texte original a été restitué dans son intégrité. A travers
la relecture de ce document, il reprend à son compte un regard qui pourrait être disqualifié du seul fait
qu’il ait été porté par un étranger.
La présentation nous apprend que cette enquête sur la prostitution a été menée au début des années
1940 par deux médecins, qui ont travaillé pour le compte du service de la santé publique. Aucun exotisme
– ni image d’Epinal donc – ne transparaît dans ce rapport cru. Comme nous le précise Abdelmajid
Arrif, « les auteurs traitent de la prostitution en tant que fait économique », en l’inscrivant « dans le champ
des relations sociales et des dynamiques de changement qui caractérisent, à l’époque, la société marocaine ».
L’étude montre en effet que les aspects moraux sont secondaires, sinon inexistants, dans le destin d’une
prostituée. Ce sont surtout des raisons objectives – liées à la précarisation et aux différentes ruptures
qu’induit le changement –, qui sont à l’origine des trajectoires des prostituées – même si le facteur
immédiat demeure, bien sûr, la violence qu’impose un quotidien fait de ruptures et de drames. Pour les
auteurs, « les causes de la prostitution sont des causes économiques », et ils préconisent une politique qui
s’attaquerait aux racines du mal : à savoir, « la pauvreté, la misère, les salaires insuffisants, le chômage, la
faim et des taux démographiques trop élevés » (p. 134).
Abdelmajid Arrif a raison d’insister sur la dimension méthodologique des auteurs. Leur démarche
ethnographique est particulièrement novatrice à une époque où les explications essentialistes et normatives
étaient assez courantes. Ils choisissent de faire parler le terrain, au présent, restituant les
faits recueillis au ras du sol sans les noyer ni les momifier en les enchâssant dans les grandes théories.
C’est l’époque où les études des sciences sociales prennent le relais des études militaires, dans le Maroc
colonial comme d’ailleurs dans tout le Maghreb. Des études statistiques combinées à des enquêtes qualitatives
basées sur des entretiens, des récits de vies, des documents iconographiques permettent de saisir
les multiples dimensions de ce phénomène. Enquête minutieuse qui ne néglige ni l’éclairage
culturel, religieux et symbolique, ni les descriptions détaillées des objets et des contextes.
Fidèles à la
démarche maussienne décrite dans son manuel d’ethnologie, les auteurs s’attachent à observer et classerles faits.
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MessageSujet: Re: QUARTIER BOUSPIR A CASABLANCA   Dim 9 Mar 2008 - 10:07

Cette étude nous intéresse à plusieurs titres. C’est une étude de microsociologie urbaine. Un quartier,
Bousbir, habité par un groupe, les prostituées, est passé au peigne fin. Comme le montre la table des
matières, les différents aspects de la vie de la prostituée sont décrits avec précision : son alimentation
quotidienne, ses vêtements, ses produits de beauté, son parler… L’image ou le mot local viennent souligner
davantage la minutie des descriptions. La prostituée est également observée dans ses relations avec
son environnement et avec sa clientèle et sa société d’origine. Les prostituées juives comme musulmanes
continuent de respecter les interdits alimentaires et de célébrer leurs fêtes religieuses. La prostitution
n’est pas nécessairement le signe d’une rupture morale.
Il s’agit en fait d’un double travail : à la fois anthropologie de la ville et anthropologie dans la ville – pour
utiliser les catégories de l’anthropologie urbaine aujourd’hui. Partant de la rapide croissance qu’a
connue Casablanca en un demi-siècle (20 000 habitants aux environs de 1900 ; près de 700 000 en
1951), du fait des changements imposés par la colonisation, les auteurs mettent en exergue les profondes
mutations sociales que va connaître la société marocaine, notamment l’éclatement de la famille
traditionnelle et de son ordre patriarcal, livrant la femme, sans préparation ni protection, aux lois du
marché. Ce qui, entre autres fléaux, va engendrer le phénomène de la prostitution. Et ce qui, en outre,
va amener, dans le cadre d’une politique coloniale, la création d’un quartier réservé : « En 1914, les autorités
locales, pour des raisons d’hygiène, de contrôle politique et de sécurité, décidèrent de grouper dans quelques
ruelles faciles à surveiller un certain nombre de prostituées. »
Ainsi, sur les terrains loués à un certain Prosper, sera bâti un quartier que le parler local désignera par
« Derb Bousbir » (littéralement « rue Prosper »). Ainsi naîtra le premier quartier de « prostitution surveillée
» au Maroc. Au point où, aujourd’hui encore, dans le langage populaire marocain, le nom de bousbir
sert à désigner le bordel. Des prostituées venant de toutes les régions du Maroc, et même de
quelques villes d’Algérie, vont être parquées ici, le plus souvent de force. Des femmes âgées entre
quinze et trente-cinq ans vont passer d’une vie familiale banale à une vie de recluses, selon des trajectoires
différentes mais toutes liées à la modernisation et à l’urbanisation accélérées du Maroc colonial.
Ouvrières, domestiques, veuves précoces vont se trouver confrontées à un milieu où la valeur de l’argent
supplante toutes les autres. Ce qui confortera la thèse très « économiste » des auteurs, manifestement
acquis aux thèses féministes de l’époque. Pour eux, « les causes réelles de la prostitution marocaine sont
d’abord des causes économiques » –, misère, salaires insuffisants – « auxquelles s’ajoutent les conditions particulières
» (p. 67). L’émigration, la rupture des liens familiaux, les mariages malheureux, la contagion
par l’exemple, l’absence d’éducation… ne sont que des causes secondaires.
Les auteurs nous restituent des séquences urbaines, montrant comment la ville rend possible des interactions
qui finissent par produire le phénomène. Des femmes « venues travailler pour la matinée ou la
journée entière, en ville européenne, comme femmes de ménage […] se trouvent plongées brusquement dans un
milieu étranger […]. Dès les premiers jours […], elles sont sollicitées de toutes parts, dans la rue, dans l’autobus,
chez les commerçants, au marché, par des hommes qui les méprisent […] ». Cette histoire de la prostitution
est également une histoire sociale, qui montre des femmes mais aussi des hommes confrontés, au quotidien,
à des moeurs nées d’un mode de vie urbain nouveau.
ETHNOGRAPHIE URBAINE
Le chapitre réservé à la vie de prostituée marocaine à Bousbir est un chef-d’oeuvre d’ethnographie
urbaine. Une description minutieuse des ambiances selon les moments de la journée. « Bousbir a deux
visages. Le matin, c’est le quartier le plus calme de Casablanca ; le soir, c’est l’animation bruyante et joyeuse d’un
mûsem » (p. 73).
Le matin, Bousbir, ce quartier au style des médinas modernes, aux rues tracées au cordeau,
contraste avec le reste de la ville. D’un côté, « la foule colorée, bruyante, indisciplinée de piétons et de
véhicules aussi divers qu’inattendus : charrettes grinçantes, lourds tombereaux, cars automobiles, luxueuses
voitures américaines, bringuebalants autobus, bicyclettes acrobatiques […] ». De l’autre, « le calme d’un
petit village où seuls les piétons ont accès » (p.73). Les auteurs nous font pénétrer à l’intérieur des maisons
du quartier, décrivant la distribution des logements et l’ameublement des chambres, s’adonnant
à une sorte d’ethnographie privée, listant les objets. Un « mauvais sommier », un matelas de
crin, une « table de nuit européenne », un plateau de cuivre, une théière…
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MessageSujet: Re: QUARTIER BOUSPIR A CASABLANCA   Dim 9 Mar 2008 - 10:09

ANTHROPOLOGIE DES MANIÈRES DE TABLE
Le chapitre consacré à l’alimentation de la prostituée nous restitue en fait les manières de table d’une
société en mutation, où l’on voit poindre de nouveaux produits de consommation – comme des gâteaux
et des croissants –, qui viennent faire concurrence aux beignets traditionnels, servis lors du ftûr (petit
déjeuner). Le lben (lait caillé) n’est plus la seule boisson à table : le Coca-Cola ou le Pepsi-Cola sont de
plus en plus consommés et servis lors du déjeuner – qui, le plus souvent, est un duâz, fait de tomates,
d’oignons, de poissons ou de kefta. Le tajine et le couscous sont quant à eux des repas plus nobles et plus
chers.
Ce travail nous plonge en fait dans les profondeurs d’une culture de plus en plus méconnue. Des listes
d’objets de parures, de vêtements féminins nous suggèrent un raffinement aujourd’hui oublié. Tout un
lexique indigène, tombé en désuétude, nous est restitué dans les divers aspects de la vie quotidienne.
Combien de Maghrébines, par exemple, utilisent encore le mot reffad pour désigner un soutien-gorge ?
Combien le connaissent-elles ?
Dans ce même esprit, le « Glossaire français-arabe » et les « Quelques remarques sur le parler de la
prostituée », qui se trouvent dans les « Documents annexes », sont d’une richesse remarquable.
Ce travail au ras du sol est également une démystification d’un lien et d’un rapport « orientalisé ». Il se
veut un cri contre « une publicité de mauvais aloi, aussi nuisible que bassement sordide » (p. 145), qui semblait
user de poncifs orientalistes à l’endroit de ce quartier pour attirer les visiteurs au Maroc. Par sa qualité
scientifique et sa leçon éthique, ce travail est aujourd’hui doublement utile.

Jean Mathieu et P. H. Maury, Bousbir.
La Prostitution dans le Maroc colonial.
Ethnographie d’un quartier réservé,
coll. « Entre-Rives »,
Paris-Méditerranée/IREMAM, 2003.
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MessageSujet: Re: QUARTIER BOUSPIR A CASABLANCA   Dim 9 Mar 2008 - 10:14

Les prostituees etaient juives, musulmanes et chretiennes.

http://www.lagazettedumaroc.com/articles.php?id_artl=14508&n=541&r=7&sr=971

Dans un travail documenté sur la prostitution au temps de la colonisation au Maroc, Christelle Taraud met en exergue plusieurs particularités de ce quartier haut en couleurs de l’histoire du Maroc. Au-delà de la recherche scientifique dont l’auteur fait preuve, nous sommes là face à une thèse dont l’un des soucis est de restituer une époque. L’auteur se pose la question sur l’existence de la prostitution au Maroc avant la règlementation qui a suivi l’avènement de la colonisation du pays. Prostitution avant la colonisation? Bien sûr que cela existait, mais sous des aspects que l’on peut aujourd’hui qualifier de moyenâgeux.


Ce marché du sexe n’était pas organisé et obéissait à certaines formes, comme l’esclavage qui touchait des filles en provenance d’Europe de l’Est, où l’on distinguait à l’époque deux catégories : les odalisques, nom donné à toutes les femmes blanches et celles d’Afrique Noire, que l’on appelait les femmes noires. «La colonisation met fin au marché de l’esclavage et entraîne une prostitution de masse. Les esclaves vont basculer dans la prostitution classique». L’autre versant de la prostitution passait par les courtisanes que l’on nommait «les almates», c’est-à-dire les lettrées, du mot «ilm» signifiant savoir. Il s’agit là d’une catégorie de femmes qui ont une certaine «culture religieuse, philosophique et qui parlent des langues étrangères et sont donc réservées à l’élite». Il y avait aussi dans le même état d’esprit, les danseuses dites shikhates, qui avaient aussi une place de choix dans ce type de prostitution. «Ces femmes sont dites libres : elles ont une relative autonomie. Elles ont été mariées puis répudiées ou elles sont veuves ou divorcées : elles sont donc à la recherche d’un mari par investigations poussées pendant dix ou quinze ans : c’est autorisé. Certaines artistes entretiennent leur mari ou compagnon.», lit-on dans une analyse du livre de Christelle Taraud qui souligne que la prostitution était intégrée dans les mœurs de l’époque sans rejet ni préjugés sociaux. «La prostitution a lieu au domicile, la nuit, et est donc invisible. Ces femmes suivent des règles pour vivre avec les autres catégories dans la médina. Il n’y a pas de stigmatisation sociale violente : elles mènent une vie sociale assez normale et participent à la vie de la communauté». Et cette tolérance était à la base de la mise en place d’un quartier qui sera par la suite l’un des plus surveillés et suivis dans l’univers des lupanars dans le monde. La réputation des lieux dépassait celles des maisons closes d’Europe ou d’Asie.
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MessageSujet: Re: QUARTIER BOUSPIR A CASABLANCA   Dim 9 Mar 2008 - 10:15

Ce qu’il faut savoir, c’est que le quartier réservé de Casablanca suivait de très près l’exemple de ce que les colons français ont installé à Alger déjà en 1830, avec la prise de la ville.
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MessageSujet: Re: QUARTIER BOUSPIR A CASABLANCA   Dim 9 Mar 2008 - 10:18

le quartier de Bousbir devient cosmopolite, puisque des femmes de différentes nationalités et de confessions religieuses, y ont officié. Ensuite, les mesures de sécurité et d’hygiène ont été des plus draconiennes et ce, pour plusieurs raisons. Non seulement politiques, puisqu’il fallait à tout prix préserver la santé des soldats, mais aussi culturelles, parce que les femmes qui ont fait les beaux jours de Bousbir avaient un sens inné de la propreté et de l’image à donner. entre les années 20 et 30, ces femmes étaient connues sous le nom de «filles soumises», dans le sens où elles sont assujetties aux règles et règlementations édictées par les colons. «Certaines pratiquent la prostitution de façon isolée, dans leur domicile privé ou en location : ce sont les filles en carte, pour pouvoir bouger. Les autres sont pourvues d’un numéro: ce sont celles qui sont dans des maisons de tolérance et qui figurent sur le registre de la tenancière. Le numéro est communiqué au médecin et à la police des mœurs».
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MessageSujet: Re: QUARTIER BOUSPIR A CASABLANCA   Dim 9 Mar 2008 - 10:27

Naissance du quartier le plus chaud du Maroc

BOUSBIR:


en 1951, environ 30 000 femmes s’étant livrées à la prostitution “clandestine” dans Casablanca, l’Etat colonial avait déjà tenté de réglementer la prostitution “officielle”, pour des raisons essentiellement prophylactiques, comme on disait encore à l’époque.]
Cette prostitution officielle ne s’exerce qu’à l’intérieur d’un quartier réservé, connu sous le nom de Bousbir, véritable “citadelle” avec ses hautes murailles, ses poternes et ses postes de garde. Six cents prostituées sont enfermées dans ce quartier.

L’ensemble du quartier était appelé, par ses habitants, Derb Bousbir, proprement “rue Prosper” déformé par la prononciation marocaine. M. Prosper Ferrieu était né à Casablanca en 1866; il fut chargé du Consulat de France à Casablanca, puis devint vice-consul de Grèce. Malgré son opposition, M. Ferrieu, qui n’était que propriétaire du terrain, ne put empêcher la fixation, pour une dizaine d’années, du premier quartier réservé de Casablanca à qui il devait donner, bien involontairement, son prénom.
En 1923, le chef des Services municipaux exigea que les prostituées fussent réunies dans un quartier moins central. On fit appel à l’initiative privée et une société immobilière, “la Cressonnière”, fut créée.

Un contrat, passé entre cette société et la municipalité, stipule que la Cressonnière est propriétaire d’une partie du nouveau quartier pendant une période de 75 ans.Après ces délais le quartier deviendra la propriété de la municipalité.
Le plan du quartier a été réalisé par un architecte municipal et imposé à la Cressonnière. Les habitations, le poste de police, une partie du dispensaire municipal, la grande porte située à l’entrée, ont été construits par la société. La municipalité occupe, sans redevance, les locaux administratifs.
(Le nouveau quartier prendra aussi le nom de BOUSBIR.)
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MessageSujet: Re: QUARTIER BOUSPIR A CASABLANCA   Dim 9 Mar 2008 - 10:30

l’idée que les prostituées « indigènes », parce qu’elles se trouvent au croisement de l’ordre et du désordre, de la conformité et de la déviance, du permis et de l’interdit, sont des êtres de l’hybridation. Bien que sous contrôle d’un système réglementariste extrêmement répressif, les prostituées « indigènes » ne se contentent pas, en effet, de se situer dans un « entre deux » mais proposent une synthèse inédite qui touche l’ensemble de leur vie quotidienne : leurs pratiques religieuses, médicales, corporelles, sexuelles, linguistiques… Ce faisant, elles donnent à voir leur extraordinaire capacité d’adaptation mais aussi la richesse et la complexité d’une société « en mouvement » qui se recompose au contact de la colonisation.
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MessageSujet: Re: QUARTIER BOUSPIR A CASABLANCA   Dim 9 Mar 2008 - 10:44

Comme il s’agit d’aguicher le client, Bousbir a, lui aussi, des
instituts de beauté voici un "AFLALO HABILLEUR PARFUMEUR"

Selon une étude menée
en 1949 dans le grand quartier
réservé de Casablanca, dit du
Bousbir, les « filles » utilisent
de plus en plus souvent des produits
européens et notamment
le rouge à lèvres, le fond de teint,
les crèmes de démaquillage,
les poudres de riz, les brillantines,
le vernis à ongles et les parfums
et eaux de Cologne (celle
qui porte le nom de Flores del
campo connaît une vogue extraordinaire
chez les prostituées),
même si, par ailleurs, elles consomment
encore des produits
plus traditionnels : khol, akkar
hmimiqa, hergus ,bulbu,
swak et henne.

« Six cents femmes attendaient là les amateurs : six cents femmes
de toutes les couleurs: des blanches, des cuivrées, des noires.
Les unes vous guettaient dès l’entrée, et on avait bien du mal
à repousser les assauts de ces jeunes furies nues sous
leurs robes à l’européenne, ouvertes dans les reins.
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MessageSujet: Re: QUARTIER BOUSPIR A CASABLANCA   Dim 9 Mar 2008 - 10:52

le Bousbir de Casablanca- a compté, de son ouverture au début des années 1920 à sa fermeture en 1955- entre 600 et 900 femmes. Devenu une sorte de modèle d’organisation de la prostitution, Bousbir sera ensuite exporté, avec plus ou moins de succès, dans d’autres agglomérations urbaines d’Afrique du Nord. Dans les années 1930 par exemple, l’administration coloniale tente ainsi d’implanter des quartiers réservés à Marrakech. Véritables « harems du capitalisme », ces quartiers qui sont souvent des entreprises commerciales très rentables ont la particularité d’être entièrement clos de murs. « Protégés » par des enceintes, ces derniers ne disposent que d’une seule entrée gardée, jour et nuit, par un double poste militaire et policier. Les filles ne pouvant sortir que rarement et leurs sorties étant assujetties à une permission donnée par le policier des moeurs et par le médecin du dispensaire, le quartier a donc été aménagé avec des commerces (vendeurs de babouches, de fruits, de beignets...), un cinéma, un hammam...
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MessageSujet: Re: QUARTIER BOUSPIR A CASABLANCA   Dim 9 Mar 2008 - 10:56

En 1950deux médecins français, Jean Mathieu et P. Maury, se sont vu confier une étude sur le quartier « réservé de Bousbir à Casablanca », ville close née de la volonté des autorités en 1914 de regrouper dans des ruelles faciles à surveiller un certain nombre de prostituées « pour des raisons d’hygiène, de contrôle et de sécurité ». Plaidoyer pour la fermeture des quartiers réservés (ce que feront les autorités en 1953).
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MessageSujet: Re: QUARTIER BOUSPIR A CASABLANCA   Dim 9 Mar 2008 - 11:17

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MessageSujet: Re: QUARTIER BOUSPIR A CASABLANCA   Mar 7 Juil 2009 - 6:28



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MessageSujet: Re: QUARTIER BOUSPIR A CASABLANCA   Lun 30 Nov 2009 - 17:49

http://www.telquel-online.com/395/couverture_395.shtml

Durant le protectorat, Casablanca a eu son bordel à ciel ouvert. Parquées dans cet immense quartier, les prostituées sont soumises à une surveillance draconienne, toujours disponibles pour satisfaire les clients.


En 1914, à Casablanca, les autorités du protectorat décident de grouper des prostituées dans des ruelles de la vieille médina par crainte d'une contagion de syphilis. C'est leur grande hantise, un “péril” qui justifie à leurs yeux la mise en place de quartiers réservés, des zones sécurisées
où l'on pourra circoncire le mal et contrôler sa diffusion par les professionnelles du sexe. La méthode a déjà été utilisée en Algérie, les Français ne font que la répéter au Maroc, leur nouvelle colonie. “Un mois après la conquête d'Alger, l'une des premières mesures que prend l'armée coloniale est de réglementer la prostitution (…) À côté des rues réservées existent parfois des quartiers entiers, véritables villes dans la ville”, explique Christelle Taraud, historienne et auteur de La prostitution coloniale (Ed. Payot, 2003). Les prostituées de Casablanca sont ainsi parquées dans des maisons bâties en vieille médina. Les terrains appartiennent à un certain Prosper Ferrieu qui, bien malgré lui, donne son nom au quartier chaud. Déformé par la population, Prosper devient Bousbir, un endroit clos où les Français contrôlent la santé des prostituées en leur imposant des visites médicales régulières. Le business du sexe y fleurit une bonne dizaine d'années, mais la situation géographique de Bousbir fait désormais tâche. Le quartier s'inscrit dans un centre-ville en plein essor sous Lyautey, bien trop visible au milieu des grands rêves urbanistiques du maréchal. Bousbir est déplacé loin des regards, à Derb Soltane qui accueille le nouveau quartier réservé.

Lupanar à ciel ouvert
Imaginé par le protectorat, dessiné par un architecte de la municipalité, le bordel à ciel ouvert sera construit par des capitaux privés : la société immobilière La Cressonnière, créée pour l'occasion. Le nouveau Bousbir ouvre ses portes en 1923. Les autorités y font les choses en grand et le succès est immédiatement au rendez-vous : 24 000 m2, 600 à 900 prostituées, 150 logements où elles font leurs passes. Et, cerise sur le gâteau, une ligne de bus qui relie directement le centre-ville au quartier. Le bus n'a qu'un arrêt prévu, Bousbir, le terminus où descendent tous les passagers en quête d'amours tarifées. A l'extérieur de l'enceinte, se croisent, s'entrecroisent, se bousculent toutes les composantes de Casablanca. Une ville prise entre deux feux, la “tradition marocaine” et sa nouvelle modernité : voitures américaines, charrettes branlantes, colons en costumes d'été, jellabas de campagne. Et derrière les murs de la citadelle, des rues piétonnes, qui se coupent sur le modèle des médinas modernes chères à Lyautey. Décors, odeurs exotiques, filles trop fardées, cafés et musique arabe... C'est l'Orient comme en rêve.
Au bout du quartier, on trouve une place bordée de cafés et de boutiques qui reproduisent la vraie vie d'un village. Une bourgade vivant en autarcie autour de l'économie du sexe. Le poste de TSF du café du hammam lâche une chanson égyptienne, qui se mêle aux chants du café du Raïs où officie des musiciens berbères, à quelques encablures du café de l'Amina des Chikhate. Le quartier est d'ailleurs chaudement recommandé dans les guides aux étrangers de passage dans la ville blanche. Le guide de Casablanca invite “les touristes amateurs d'études de mœurs à gagner la ville close de Bousbir, quartier neuf réservé aux femmes publiques (…) cadre qui ne manque pas de poésie”. Le guide parle de Bousbir comme il parlerait d'un monument anodin, précisant au passage que “l'entrée est gratuite, autorisée à tous les visiteurs, mais non recommandée aux enfants et aux jeunes filles”.
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MessageSujet: Re: QUARTIER BOUSPIR A CASABLANCA   Lun 30 Nov 2009 - 17:50

Orientalement vôtre
A peine né, Bousbir devient une référence. On s'y presse et la légende donne lieu à des reportages pittoresques. Sous le titre ô combien évocateur de Le paradis d'Allah, Bousbir, un journaliste français de l'époque rapporte son dialogue avec une dame bien, sous tous rapports : “N’y a-t-il rien à voir cette nuit qui en vaille la peine ?”, lui demande une femme d'officier de passage à Casablanca. Le reporter lui répond Bousbir : “Les yeux de la femme brillaient”, raconte le journaliste. “Allons-y, toutes mes amies venues au Maroc l'ont visité. Il paraît qu'on s'y trouve brusquement transporté dans un conte des Mille et une nuits ! Surtout les nuits de lune, paraît-il…”, conclut la dame.
Les filles de Bousbir jouent le jeu de l'exotisme sans se faire prier, toujours disponibles pour prendre les fameuses photos dénudées qui font la réputation du quartier à l'étranger. “Toi faire photos à poil ! Donne dix sous”, “toi faire photos nichons ! Donne dix sous !”, sont autant de phrases qui ponctuent la balade érotique de tout étranger. Au milieu des grésillements des gramophones antédiluviens, des disques rayés et des sons désaccordés, les pensionnaires de Bousbir agrippent la manche d'un client, jouent avec son turban, lui volent son tarbouche. Les badauds leur claquent les fesses, le dos, toute partie charnue qui dépasse lors des négociations sur le prix de la passe. “Bousbir a eu un succès immédiat auprès des étrangers car sa création a concordé avec l'essor des voyages. Il marque même le début du tourisme sexuel”, résume, lapidaire, Christelle Taraud. A Bousbir, tout est à vendre, petite fille ou garçon, amours saphiques, on est là pour répondre à toutes les demandes des gens qui ont les moyens de payer leurs lubies sexuelles : “Bousbir avait une porte dérobée pour accueillir en toute discrétion les riches clients. Il y avait un défilé de voitures luxueuses”, surenchérit Christelle Taraud. Mais l'envers du décor est tout autre. Au-delà de l'érotisme exotique, Bousbir est une prison pour prostituées, condamnées à l'abattage de masse.
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MessageSujet: Re: QUARTIER BOUSPIR A CASABLANCA   Lun 30 Nov 2009 - 17:50

L’envers du décor
Bousbir est une citadelle aux hautes murailles ponctuées par des poternes. Quartier clos, il ne possède qu'une seule entrée gardée par un double poste militaire et policier. Les prostituées y vivent en résidence surveillée, assujetties à la vigilance constante des policiers et des services sanitaires. Elles n'ont droit qu'à deux permissions de sortie par semaine, à demander à l'inspecteur de police avant de les faire viser par le médecin du dispensaire. Les permissions sont d'une demi-journée, plus rarement de 24 heures. Le reste du temps est consacré au travail, au rythme de 15 passes par jour. Les jours de fête, on monte allègrement à 40 passes par jour. Les tarifs évoluent selon la beauté et le savoir-faire de chacune, avec une règle immuable : les Européens ont le droit au traitement touristique puisqu'ils payent le double ou le triple des Marocains. Chaque prostituée est sous la coupe d'une matronne jouant “auprès d'elle le rôle d'un véritable chef d'entreprise qui surveille le rendement de ses ouvriers et s'attache à augmenter ses revenus en diminuant ses frais généraux”, écrivent Mathieu et Maury, deux médecins auteurs d'une étude sur le quartier à la fin des années 40. Juste en dessous de la patronne, on trouve une “sous-maîtresse”, chef d'équipe, “qui contrôle le travail à la tâche, veille à supprimer les fraudes, lutte contre la paresse et le mauvais esprit”, rajoutent-ils. Elles reçoivent les clients dans des chambres construites sur le même modèle, à deux dans la même pièce, avec pour seul mobilier une paillasse. Bousbir est décrit par les observateurs les plus lucides comme un véritable “harem du capitalisme” où le taylorisme bat son plein. Près de 50% des pensionnaires dépendent d'une patronne qui les loge, nourrit et blanchit, mais retient la totalité des recettes. Un quart dépend aussi d'une patronne mais bénéficie d'une partie des bénéfices. Un tiers seulement des pensionnaires de Bousbir sont indépendantes et empochent la totalité de l'argent gagné grâce aux passes.
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MessageSujet: Re: QUARTIER BOUSPIR A CASABLANCA   Lun 30 Nov 2009 - 17:51

Usine à sexe
Les cadences infernales vieillissent les pensionnaires de Bousbir avant l'âge. Après 35 ans et quinze saisons en quartier clos, on est bon pour la casse. Les prostituées de Bousbir se reconvertissent en domestiques de pensionnaires plus jeunes. Et, très rarement, l'une d'entre elles réussit à économiser et devient à son tour patronne. A Bousbir, on entre dans la vie professionnelle assez jeune, à 12 ans pour certaines. C'est le règne de la jeunesse, on est trop vieille passé 25 ans pour les matronnes qui recrutent leurs futures protégées sur les marchés de Casablanca, les halqas et la piscine municipale. L'approche est toujours la même. Les matronnes font miroiter aux filles la garantie de l'emploi et l'assurance d'une clientèle régulière. Une fois le contrat accepté, les nouvelles recrues passent un stage d'une quinzaine de jours où on leur apprend à se farder, à se parer et les techniques et astuces du métier. “Elle n’est plus la clandestine qui travaille à la sauvette”, décrivent Mathieu et Maurin. Pendant quinze jours, on est aux petits soins avec elle. Après, c'est le turbin et les lendemains qui déchantent.
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MessageSujet: Re: QUARTIER BOUSPIR A CASABLANCA   Lun 30 Nov 2009 - 17:53

Lumpen prolétariat
C'est le cas de Khaddouj, une “locataire” de Bousbir dont Mathieu et Maury ont retracé la journée-type. Elle est libre de sa matinée, ayant déjà répondu à l’obligation de la visite médicale bihebdomadaire au dispensaire de Bousbir, une visite de contrôle pour savoir si elle n'aurait pas contracté une maladie vénérienne. Le client n'est pas encore là, Khaddouj peut déambuler de manière négligée, au soleil. Elle a rendez vous en fin de matinée chez le coiffeur du coin, qui la maquillera, lui fera une beauté, khôl et vernis à ongles en prévision du coup de feu : l'arrivée nocturne des michetons. En journée, Khaddouj fait ses courses dans les commerces du quartier réservé où elle a une ardoise. Elle passe saluer ses amies d'infortune assises à une terrasse en vrac où trônent les restes d'une soirée agitée. Parmi les badauds, beaucoup d'ouvriers marocains des bidonvilles de Ben Msick et Carrières centrales qui viennent de toucher leur paie de la quinzaine. En face de ces nouveaux prolétaires, Khaddouj est en territoire connu. Elle est issue du même milieu. Plus de 60% des pensionnaires de Bousbir proviennent de Casablanca et de sa région, des “citadines” fruits de l'exode rural, recrutées dans les bidonvilles de Casablanca, “sœurs de ces prolétaires qui peuplent les bidonvilles”, écrivent Mathieu et Maury.
Bousbir souligne une société en pleine mutation : détribalisation, exode rural, urbanisation, salariat, conditions de vie, délitement des modes de régulation et de contrôle social, etc. Les auteurs Mathieu et Maury classent d’ailleurs la prostituée dans le néo-prolétariat. “L’entrée au quartier réservé correspond à une rupture liée à un drame : perte d'un des deux parents, veuvage ou bien séparation liée à une violence : répudiation, viol, fuite du domicile pour échapper à l'autorité et à la brutalité d'un père, à l'arbitraire d'un mari, ou d'une belle-mère ou bien encore à la suite d'une rafle de police”, écrit l'anthropologue Arrif.
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MessageSujet: Re: QUARTIER BOUSPIR A CASABLANCA   Lun 30 Nov 2009 - 17:53

Rafles hygiéniques
Les dames de Bousbir n'y sont pas forcément entrées de leur plein gré. 30% des filles sont raflées par la police et acheminées vers un destin de prostituée en règle. Ce sont souvent des femmes solitaires, préférant s'adonner au commerce de la chair qu'aux coups portés par un mari ivrogne. Le tournant qui transforme la femme au foyer en prostituée estampillée Bousbir est souvent un drame familial, presque aussi brutal que la dégringolade sociale qui s'ensuit. Fuyant la violence d'un milieu traditionnel, la tête baissée et couverte, elles se retrouvent projetées dans un univers de nudité et de stupre policés. Et coupent court, pour la plupart, à tout lien restant avec leur vie d'avant. Elles en ont gros sur le cœur, ne font plus confiance à personne, encore moins aux hommes.
Rabia fait partie de ces femmes ramassées pour prostitution clandestine. Elle a 13 ans lorsqu'on la marie à un manœuvre. Au bout de six mois, son époux l'abandonne et elle se coltine un second mari, menuisier le jour, ivrogne la nuit. Au bout de deux mois, elle quitte le foyer, se trouve un job dans une usine de sardines avant de se convertir à la prostitution. Opérée d'une salpingite dans un hôpital de Casablanca, la police la rafle après sa guérison et l'emmène manu militari à Bousbir. Comme toutes les autres, elle doit subir l'humiliation de la politique hygiéniste du quartier, des visites médicales à la chaîne, dégradantes et à payer de sa poche.
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MessageSujet: Re: QUARTIER BOUSPIR A CASABLANCA   Lun 30 Nov 2009 - 17:55

Bousbir, nom propre
Le quartier le plus sulfureux de Casablanca fait des petits, se transformant en véritable industrie. La prostitution orchestrée fleurit aux quatre coins du Maroc, créant affaires juteuses et scandales, comme celui du quartier réservé de Marrakech, dans les années 1930. L'affaire remonte même jusqu'au Glaoui, pour qu'il réquisitionne des femmes indigènes, faisant de lui un super proxénète pour le futur quartier réservé. Bousbir colle à la peau, englobe les quartiers de prostitution orchestrée et donne même son nom… à un chien, venu d'un quartier réservé, devenu la mascotte de l'équipage d'un sous-marin. Les Bousbir se multiplient malgré l’échec des quartiers réservés. Selon Christelle Taraud, la politique hygiéniste adoptée par la France aura eu l'effet inverse : en voulant tuer la prostitution clandestine, les quartiers réservés n’ont fait que la renforcer. La preuve par le nombre : selon Mathieu et Maurin, 30 000 prostituées vivent de leurs charmes à Casablanca dans les années 1950, contre 600 à 700 à Bousbir. Mais échec ou pas, le quartier réservé échappera à la loi française de 1946 interdisant les maisons closes. “Les autorités ont maintenu Bousbir en justifiant leur décision par un ‘état de civilisation sexuelle sous-développé au Maroc’”, explique Taraud. Bousbir ne sera fermé qu’en 1953, trois ans avant l’indépendance du Maroc, sous la pression des nationalistes qui en font l’exemple même de l’atteinte aux valeurs et traditions du pays.
Aujourd’hui, Bousbir est un quartier paisible de Casablanca dont on a effacé les dernières traces sulfureuses. Les rues, nommées d’après l’origine des prostituées qui y travaillaient (Al Marrakchia, Al Oujdia, etc...) ont été débaptisées. Elles portent désormais des noms à connotation religieuse…
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MessageSujet: Re: QUARTIER BOUSPIR A CASABLANCA   Lun 30 Nov 2009 - 17:57

Les BMC, bordels militaires de campagne
Les indigènes de la république, ce sont aussi des femmes. Engagées dans les bordels militaires de campagne, ces prostituées suivent les hommes envoyés au front et font partie intégrante de l'effort de guerre demandé aux Marocains par la France.


Jacques Brel ne s’est pas contenté de chanter, pour consoler Jef, les nouvelles filles de chez la Madame Andrée, maquerelle du Sphinx, mythique maison close de luxe des années 1960-1970 de Mohammedia. Il a aussi raconté les fiefs de la prostitution de guerre, l'oméga du bordel colonial auquel n’ont pas échappé les prostituées marocaines. En 1964, il martèle “au suivant”, dans sa chanson éponyme, relatant les passes à la chaîne, l'abattage pour les prostituées aux allures de mauvais rêve. “J'avais juste vingt ans et nous étions cent vingt/ A être le suivant de celui qu'on suivait/ Au suivant, au suivant/J'avais juste vingt ans et je me déniaisais/Au bordel ambulant d'une armée en campagne/Au suivant, au suivant”. Ce que décrit le génie du plat pays a un nom, une fonction, une réglementation. Cela s'appelle les Bordels Militaires de Campagne. Le terme BMC, dans son utilisation contemporaine, est déjà apparent lors de la Première guerre mondiale. Son usage est connu et reconnu lors des guerres coloniales (Indochine, Algérie), imprégnant même la littérature française. On y évoque le parc à buffles, immense BMC de Saïgon, où les prostituées marocaines “exportées” se sont transformées en infirmières et en guerrières contre les Viet Minh de Dien Biên Phu. Ces quartiers particuliers, gérés par l'armée, ont été installés au Maroc dans des zones vierges de structures civiles lors de la guerre de pacification entre 1907 et 1934. Ils étaient inscrits à la rubrique “action psychologique en faveur des troupes”, précise la chercheuse Christelle Taraud. A l'époque, trois types de BMC cohabitent au Maroc : les bordels itinérants, qui font la tournée des bastions militaires, les bordels ambulants, qui suivent les troupes en manœuvres, et, enfin, les bordels installés dans les grandes villes de garnison.
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MessageSujet: Re: QUARTIER BOUSPIR A CASABLANCA   Lun 30 Nov 2009 - 17:58

Au garde-à-vous !
Pour approvisionner les BMC, l'armée s'en remet aux maquerelles, qui recrutent des filles arrivées des douars ou perdues en ville, en leur faisant signer un contrat de deux ans renouvelables. “La population des BMC du Maroc était pour sa grande majorité d’origine locale. Les quelques Européennes étaient, pour la plupart, des prostituées mises à l'amende par leurs souteneurs”, explique Christelle Taraud. Les BMC, loin d'être une partie de plaisir, sont donc une sorte de peloton disciplinaire pour filles de joie. En théorie, les Marocaines des BMC peuvent disposer après la durée établie, mais en pratique, ça ne se passe pas vraiment de la sorte. Eloignées de leurs familles, la plupart renouvellent leurs contrats. “Celles qui voulaient s'en aller se heurtaient parfois au refus de l'armée de leur payer leur billet de retour”, raconte Christelle Taraud. Quant au règlement, il est militaire : horaires fixes et hiérarchie des clients bien établie. Les officiers peuvent se permettre de “sortir” une fille pour la soirée. Quant aux soldats, ils doivent se contenter d'une passe à la va-vite. Les filles de joie marocaines sont payées une misère. Officiellement, l'armée ne perçoit rien sur les passes. Mais, selon Christelle Taraud, certains officiers prélèvent des taxes pour acheter le petit matériel militaire refusé par l'état major. “On rase gratis” aussi, les gradés réclamant des journées gratuites pour les soldats. Les jours de fête et de permission, les filles n'ont littéralement pas le temps de se lever, obligées de “subir” 40 à 80 soldats par jour.
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MessageSujet: Re: QUARTIER BOUSPIR A CASABLANCA   Lun 30 Nov 2009 - 17:59

“Héroïnes sans gloire”
Les Marocaines des bordels coloniaux ne sont pas les femmes de guerre que l'on honore, car elles ne sont ni les épouses qui remplacent les hommes dans les activités économiques, ni celles qui prennent les armes. Mais leur rôle est important dans les victoires “indigènes”. Elles suivent les troupes, “mènent la vie dure des soldats en colonne et leur sort n’est guère enviable”, rapporte un journaliste du Canard Enchaîné, cité par le chercheur Mustapha El Qadery. Un infirmier aux tirailleurs marocains raconte au journaliste le “concert de lamentations et de désespoir” lorsqu'une favorite parmi les prostituées est dans l'incapacité de suivre la colonne. “Cette description relate l’intense activité féminine alimentée par la guerre de conquête du Maroc”, commente Mustapha El Qadery. “La guerre de pacification des Français dans le Moyen-Atlas avait laissé beaucoup de veuves et d’orphelines. Elles ont dû s’engager dans les BMC qui suivaient les goumiers marocains pour pouvoir survivre”, surenchérit El Qadery. C’est ainsi que ces femmes se retrouvent pendant la Seconde guerre mondiale, à participer à l’effort demandé aux indigènes pour libérer la France. Pourtant, pas de traces des “indigènes” du sexe faible, ni dans les études, ni dans les archives. “De nombreux témoignages de soldats m’ont confirmé, après de nombreux détours, cette présence féminine que tous ont d'abord tendance à oublier a priori, pour des raisons qui restent obscures”, précise le chercheur. L'amnésie semble être collective, puisque ni les goumiers ni leurs commandants ne parlent de ces femmes, qui marchent sur les pas des troupes pour renforcer leur “moral”. Et surtout pas le général Guillaume, commandant des goums, dans son texte de félicitations après la libération.
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MessageSujet: Re: QUARTIER BOUSPIR A CASABLANCA   Lun 30 Nov 2009 - 18:01

Marocaines d'Indochine
Geneviève de Galard, brancardière française, a longtemps été considérée comme la seule femme parmi les hommes, en Indochine. Pendant 35 ans, elle tait, sous ordre des autorités, la présence de Marocaines dans ses interviews, “pour des raisons morales”, relate Mustapha El Qadery. Le chercheur a cependant levé un pan du voile grâce à Fadma, une ancienne des BMC français, rencontrée au cours de ses enquêtes sur le sujet. Elle a vingt ans lorsqu’elle se fait recruter, au cours d'une visite médicale, par un officier des Affaires indigènes pour suivre l'armée en Indochine, en compagnie de douze autres femmes. Elle y restera de 1953 à 1954. Elle raconte au chercheur son voyage en camion vers Oran, puis le bateau pour le Vietnam, les litanies religieuses des soldats lors de la traversée de la Mer rouge, après l'annonce de La Mecque par les haut-parleurs du navire. Fadma, les femmes et les goumiers arrivent en Indochine. Son groupement est affecté à l'Est, dans la zone de Dang Dang, Kaoba et Haiphong. Elle explique au chercheur qu'un jour, on décide d'envoyer les femmes dans les positions avancées de certaines unités. Elle s'y colle, avec une compatriote, et finit blessée à la jambe par des éclats de mortiers, assure-t-elle, lors d'une attaque des Viet Minh. Elle passera six mois à l'hôpital de Hanoi avant de rentrer au Maroc. Fadma raconte qu'à son retour, elle a obtenu certificats, médaille... et le droit de s'installer dans le bordel de son choix. Des souvenirs de guerre détruits par l'un de ses cinq maris, voulant probablement occulter le passé de prostituée de son épouse. Quitte à marcher sur son statut d'ancienne combattante…
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MessageSujet: Re: QUARTIER BOUSPIR A CASABLANCA   Lun 30 Nov 2009 - 18:02

Image. L'Orient fantasmé
Bousbir n’échappe pas aux clichés de l’Orient. Les harems, les mauresques dénudées, Shéhérazade et autres chimères nourrissent le mythe érotique oriental. “C'est un lieu surinvesti d'images exotiques”, note l'anthropologue Abdelmajid Arrif. Littérature, dessins et photos d'époque regorgent de descriptions dithyrambiques sur la sensualité arabe, les longues tresses, le khôl, les lèvres rouges et la légèreté des gazelles de l'Orient. “Peintres, poètes maudits, journalistes, navigateurs, militaires stationnés à Casablanca (…) ont créé une légende érotique sur Bousbir. Elle chante les charmes de la femme voilée et reprend à son compte toutes les fabulations des contes des Mille et Une Nuits et tous les poncifs de l’Orient. La vérité est tout autre” , dénoncent pourtant Mathieu et Maury dans leur étude sur Bousbir. Selon l’historienne Christelle Taraud, c'est la colonisation qui construit cette image sublimée des femmes, et donc des prostituées. Des récits de voyage content les mœurs frivoles et folkloriques, dressent le portrait de la “prostituée de tente” dans telle ou telle tribu. “La tentation de l'Orient (…), c'est aussi la quête des plaisirs charnels”, résume la chercheuse. Les colonies deviennent alors “l'éden sexuel, le harem des Occidentaux”. Les cartes postales coloniales, scènes et types, ont pétri cet imaginaire outre-mer. Des types “ethniques” de femmes apparaissent, dénudées. La Mauresque, l'Arabe, la Berbère et autres Fatma ourdissent l'image transcendée de la Shéhérazade à effeuiller. “L'imaginaire érotique colonial repose sur un malentendu entretenu”, écrit Christelle Taraud : “L'invitation lascive des femmes représentées sur les photographies (seins nus et cigarette à la bouche) et décrites dans les ouvrages serait une pratique générale et quotidienne au Maghreb”. Un autre revers de cet Orient imaginaire permet de démystifier les "indigènes" de Bousbir. Mathieu et Maury les décrivent comme des "figurantes trop fardées, faussement enjouées" aux vies lamentables. Christelle Taraud, elle, explique que les Occidentaux ont créé des métaphores de leur manque. Un officier au service de la république lors de la guerre du Maroc, cité par Mustapha El Qadery, résume parfaitement le côté trash de ce faux Orient, en écrivant : “Nous sommes venus dans ce pays pour civiliser les hommes et… pour nous faire syphiliser par les femmes”. Elle est loin, la Shéhérazade…
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MessageSujet: Re: QUARTIER BOUSPIR A CASABLANCA   Lun 30 Nov 2009 - 18:05

Prostitution de luxe. Le cas du Sphinx
Le Maroc colonial n’a pas connu que des lieux de plaisir modestes où s’agglutinaient les soldats et le tout-venant. A côté de maisons de passe ne payant pas de mine, il a aussi accueilli des maisons closes de luxe n’ayant rien à envier aux bordels parisiens. Parmi ces lieux consacrés à une clientèle triée sur le volet, le Sphinx de Mohammedia reste l’un des plus célèbres endroits où se pressaient la jet set casablancaise et rbatie. Situé dans une somptueuse villa, entourée de bougainvillés grenat et de lis blancs, le Sphinx a été inauguré après la 2ème guerre mondiale de manière on ne peut plus officielle : en présence du préfet de Casablanca, du contrôleur civil de Fedala, des directeurs des grands quotidiens, des représentants des grandes banques, ainsi que des membres des chambres consulaires, tous venus avec leurs épouses. C’est qu’à l’instar d’autres bordels de luxe du Maroc, le Sphinx a échappé à la loi votée en France en 1946 qui mettait fin aux maisons closes. “C'était simplement le plus célèbre bordel de la planète, un endroit hors classe avec toujours vingt très jolies demoiselles sur les rangs, toutes nées chrétiennes ou juives, suivies de près par un médecin attiré”, décrit Jean Pierre Péroncel-Hugoz, ancien journaliste correspondant au Maroc. Du temps de sa gloire, le Sphinx était interdit aux Marocains musulmans, qui n’avaient accès qu’aux machines à sous à l'extérieur de la salle. Le casino et ses tables de black-jack et baccarat étaient la chasse gardée des Français et autres étrangers installés au Maroc. Rendue célèbre par la chanson de Jacques Brel, la gérante du Sphinx,”Madame Andrée” faisait les honneurs du lieu à toutes les célébrités de passage. D’Edith Piaf à Dalida, tous ceux qui se sont produits au Maroc ont pris un verre au bordel de Mohammedia. Le Sphinx reste encore aujourd’hui un lieu sur lequel plane une aura trouble. Cette image est due en très grande partie à l’un des anciens gérants du lieu. L’un des truands impliqués dans l’enlèvement de Mehdi Ben Barka : Georges Boucheseiche.

http://www.telquel-online.com/395/couverture_395.shtml
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